A quel point la compétitivité internationale dépend-elle de la productivité ?

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La compétitivité est la capacité à faire face à la concurrence, avec les entreprises d'autres pays lorsqu'on raisonne à l'échelle internationale. Elle peut reposer sur des prix plus bas et l'on parle alors de compétitivité-prix, ou sur d'autres facteurs comme la publicité ou une meilleure qualité : on parle dans ce cas de compétitivité hors prix. La compétitivité internationale des entreprises d'un pays est évidemment importante pour y favoriser le niveau de production et donc d'emploi : si on ne vend pas, on ne produit pas, donc on n'a pas besoin de faire travailler du personnel. Comment faire pour stimuler cette compétitivité ? Ne faut-il pas viser en priorité l'amélioration de la productivité, c'est-à-dire du rapport entre la valeur produite et la valeur des facteurs de production utilisés, travail et capital ?

1/ La productivité est un facteur essentiel de la compétitivité-prix des firmes et donc de l'aptitude d'un pays à exporter


 a) Pourquoi la productivité est-elle un facteur essentiel de la compétitivité-prix ?

Une productivité plus élevée, c'est davantage de valeur produite pour la même quantité de travail par exemple, si on s'intéresse seulement à la productivité du travail. Si on raisonne en termes de productivité globale, c'est davantage de valeur produite pour la même quantité de travail et de capital, autrement dit pour un même niveau de coûts de production. Si on peut produire plus avec le même niveau de coûts de production, on peut réaliser une valeur de produits équivalente avec moins de coûts. Autrement dit, le coût de production par unité de produit baisse : par exemple par voiture fabriquée, si on s'intéresse à l'industrie automobile.

Or si chaque unité coûte moins cher à produire, elle peut être vendue moins cher sans que l'entreprise perde de l'argent : . Elle peut même continuer à verser des profits à ses propriétaires, dans ce cas. Or ces prix moins élevés sont bien évidemment un atout important face à la concurrence. C'est pourquoi une hausse de la productivité favorise la compétitivité de l'entreprise concernée, plus précisément sa compétitivité-prix. Il peut s'agir d'une simple hausse de la productivité du travail si elle n'entraîne pas une baisse équivalente de la productivité du capital, du fait de l'utilisation de machines coûteuses par exemple. Autrement dit il faut que la productivité globale augmente.


 b) Quel rôle joue la productivité des firmes dans l'aptitude d'un pays à exporter ?

L'aptitude d'un pays à vendre à l'étranger, c'est-à-dire à exporter, dépend bien entendu de la compétitivité de ses entreprises par rapport à leurs concurrentes étrangères. Elles doivent être capables de vendre leurs produits dans un autre pays à la fois face aux entreprises de ce territoire extérieur, mais aussi face aux entreprises de pays tiers qui cherchent également à vendre sur place. Il est évident qu'une meilleure compétitivité-prix, grâce à une meilleure productivité et donc des coûts de production plus bas, est un atout de ce point de vue.

Parmi les entreprises présentes sur le territoire d'un pays, certaines ne se contentent pas de vendre à l'étranger mais y ont installé au moins une activité de production : on les appelle alors des firmes multinationales. Souvent elles font cela pour améliorer leur productivité, en réduisant leurs coûts de transport jusqu'aux clients, ou encore en profitant d'une main-d'oeuvre moins chère ou plus qualifiée. Bien qu'une partie de la production se fasse alors à l'étranger, et soit parfois vendue directement à l'extérieur, cela peut quand même contribuer à augmenter les exportations du pays : par exemple, si une partie des pièces nécessaires à la production dans le pays d'origine sont fabriquées ailleurs avec une meilleure productivité, donc des coûts moindres et au final une meilleure compétivité-prix. C'est le cas aussi si, en sens inverse, des pièces produites dans le pays d'origine sont utilisées pour assembler ailleurs le produit fini.


2/ Mais la compétitivité hors-prix, peu sensible aux taux de change, joue un rôle clé dans la concurrence internationale entre les entreprises


 a) Pourquoi la compétitivité hors-prix est-elle insensible aux variations de change, à la différence de la compétitivité-prix ?

La capacité des entreprises à faire face à la concurrence leur vient parfois des prix plus avantageux qu’elles peuvent pratiquer, par rapport aux autres producteurs. On parle dans ce cas de compétitivité-prix. Cependant d’autres caractéristiques des produits qu’elles réalisent peuvent représenter des avantages concurrentiels. C’est le cas de la réputation, acquise notamment grâce à la publicité. La qualité des produits est également un facteur important. Leur différenciation permet en outre de se donner un semblant de monopole sur une variante du produit de base.

La compétitivité structurelle, ou compétitivité hors-prix, n’est pas sensible aux phénomènes monétaires. C’est la compétitivité-prix qui peut subir les conséquences d’une variation du taux de change. En effet, lorsque la valeur d’une monnaie comme le dollar des Etats-Unis augmente ou diminue en échange d’une autre monnaie, comme le Yen japonais, le prix des produits d’une entreprise américaine varie respectivement à la hausse ou à la baisse sur le marché extérieur. La compétitivité-prix s’en trouve alors affaiblie ou au contraire renforcée, selon le cas.


 b) Pourquoi la compétitivité hors-prix joue-t-elle un rôle déterminant dans la concurrence internationale ?

Parmi les Etats membres de l’Union européenne, l’Allemagne est reconnue pour la compétitivité de son industrie. Cela se traduit par un excédent extérieur, c’est-à-dire un solde positif de sa balance des transactions courantes, car elle importe moins qu’elle n’exporte. Cependant les prix des produits allemands ne sont pas inférieurs à ceux des produits français ou américains par exemple. Une Mercedes n’est pas moins chère qu’une Renault ou qu’une Ford. Les industriels d’outre-Rhin ont imposé en revanche depuis longtemps l’idée de la « qualité allemande », qui différencie leurs produits.

La compétitivité hors prix est plus durable que la compétitivité prix, et plus accessible aux entreprises des pays riches. Les innovations peuvent être protégées pendant 20 ans par des brevets. La réputation d’une marque, le savoir-faire des salariés d’une entreprise, prennent également du temps à se construire : il est plus facile pour un concurrent de réduire ses coûts en diminuant les effectifs salariés, en cherchant des économies d’échelle ou en produisant dans les pays à bas coût du travail. Et au jeu de la baisse des prix, les pays riches à forte protection sociale n’ont aucune chance de gagner.


Conclusion   La productivité apporte évidemment une contribution importante à la compétitivité des entreprises, en leur permettant de pratiquer des prix moins élevés. Mais à l'échelle internationale, elle n'est pas une garantie de succès. Car un avantage dans ce domaine peut être balayé par une variation soudaine du taux de change entre les monnaies, notamment. Cela pose bien sûr une autre question, qui est celle des moyens d'assurer au mieux la stabilité des taux de change, selon la façon dont le système monétaire international est organisé.