Qu'est-ce qui motive le commerce international ?

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Les échanges internationaux de biens et de services marchands, autrement dit le commerce international, ont progressé de manière considérable depuis le milieu du XXème siècle. Leur rythme moyen de hausse a atteint 6% par an, trois fois plus vite que le rythme moyen d'accroissement de la production à l'échelle mondiale pendant la même période. Comment peut-on expliquer tous ces échanges, dont l'essor n'a d'ailleurs pas commencé au XXème siècle? D'où vient le choix aussi de produire et d'échanger certains produits plutôt que d'autres ? Autrement dit, qu'est- ce qui motive le commerce international?

1/ Les avantages du commerce international sont expliqués par la théorie classique et par la nouvelle théorie du commerce international


 a) Comment le commerce international est-il justifié par la théorie des avantages absolus et surtout celle des avantages comparatifs ?

Adam Smith a d'abord expliqué les avantages du commerce international avec sa théorie des avantages absolus. Si deux pays ont chacun un produit qui est réalisé plus efficacement chez eux que dans l'autre pays, ils ont intérêt chacun à abandonner le produit pour lequel leur productivité est inférieure, et à échanger ensuite les produits pour lesquels chacun s'est ainsi spécialisé. Les gouvernements ne doivent pas freiner ces ventes croisées avec des taxes comme les droits de douane: c'est l'idée du libre-échange.

Plus importante encore, la théorie des avantages comparatifs a été formulée par David Ricardo. En effet, le raisonnement d'Adam Smith ne permet pas d'expliquer pourquoi l'Angleterre, en avance dans presque tous les domaines au début du XIXe siècle, avait quand même intérêt à commercer avec des pays moins avancés qu'elle. Ricardo a montré qu'un pays a intérêt à se spécialiser dans la réalisation des produits pour lesquels son écart de productivité avec l'étranger lui est soit plus favorable soit moins défavorable que pour les autres produits. De cette façon chaque pays gagne à l'échange.


 b) Quel rôle la nouvelle théorie du commerce international fait-elle jouer aux économies d'échelle, et à d'autres avantages côté entreprises et côté clients ?

Dans les années 1980, une nouvelle théorie du commerce international a émergé. Paul Krugman en particulier a donné des arguments supplémentaires en faveur du libre-échange, en insistant sur le rôle des économies d'échelle. Le fait de vendre à l'étranger permet de produire en plus grandes quantités, ce qui fait baisser le coût de production par unité produite. C'est favorable aux consommateurs car cela permet de baisser le prix de vente. Et c'est intéressant aussi pour les entreprises, car elles peuvent dégager plus de profits pour leurs propriétaires, à prix de vente égal.

A cela s'ajoutent d'autres avantages qui concernent pour les uns les consommateurs, pour les autres les producteurs. Du côté des entreprises, le fait de commercer à l'étranger augmente les débouchés de leurs produits et leur permet donc de vendre davantage, d'où aussi des profits plus élevés. Du côté des consommateurs, les échanges de biens et de services entre pays permettent d'abord d'accéder à un choix plus grand de variétés pour chaque type de produit. Cela permet aussi, sous l'effet de la concurrence étrangère qui s'ajoute aux économies d'échelle, des baisses de prix. La concurrence favorise aussi l'apparition de produits innovants.


2/ Selon les régions, les spécialisations et le degré d'ouverture découlent des dotations factorielles mais aussi d’aspects institutionnels


 a) Comment les spécialisations liées aux dotations factorielles peuvent justifier un protectionnisme éducateur ?

La DIT peut prendre différentes formes selon le degré de libre-échange et les spécialisations constatées pour chaque pays ou région du monde. Cela pose en particulier la question de ce qui est à l'origine des avantages comparatifs. La théorie d'Hecksher-Ohlin-Samuelson (HOS) a répondu à cette question en faisant des dotations en facteurs de production leur principal déterminant. Ainsi les pays anciennement colonisés d'Afrique ou d'Orient sont longtemps restés spécialisés dans l'agriculture, les matières premières, et les produits industriels simples, tandis que leurs ex-colons leur vendaient des produits industriels nécessitant une main-d'oeuvre qualifiée, rare au Sud.

Le problème c'est que les produits innovants, qui nécessitent une main-d'oeuvre bien formée, sont aussi ceux qui ont le moins de concurrence, et dont les prix augmentent donc plus vite. Ainsi la spécialisation dans les matières premières, par exemple, oblige à acheter toujours plus cher des machines étrangères avec les recettes tirées de produits nationaux dont le prix baisse, ou augmente moins. Cela justifie ce que l'autrichien Frédéric List a appelé le "protectionnisme éducateur" au XIXe siècle. Aucune industrie ne se serait développée chez lui face à l'industrie anglaise, si des barrières comme les droits de douane n'avaient pas été mises, le temps d'apprendre à faire des biens industriels à prix compétitifs.


 b) Comment les institutions politiques et les infrastructures de transport agissent sur le degré de libre-échange ?

Le degré de libre-échange ou de protectionnisme, selon les pays, les régions du monde, et les périodes historiques, découle aussi de facteurs institutionnels. La qualité des infrastructures de transport, qui favorise le commerce international, dépend largement des politiques gouvernementales suivies au fil des années. De manière générale plus les coûts de transport sont bas, plus le commerce se développe sur longue distance. La baisse des coûts de transport dans le monde, grâce au pétrole puis aux nouvelles technologies, est d'ailleurs une des explications de la mondialisation des échanges de biens et de services, depuis le milieu du XXe siècle.

Le type de régime politique est également un facteur. Les systèmes autoritaires ont davantage besoin que les démocraties de contrôler le pouvoir économique lié à la production et la vente de biens et de services. Cela a tendance à limiter le libre-échange. Par opposition, les démocraties européennes sont parvenues à se réunir dans un organisme supra-national, l'Union Européenne, qui a fait de la "concurrence libre et non faussée" un principe fondamental des échanges entre ses membres. La taille des pays exerce aussi une influence: une petite nation a davantage besoin de commercer pour satisfaire tous ses besoins de ressources, et ne pas accumuler de retard technologique.


Conclusion   La dotation de chaque pays, en certains facteurs de production plutôt que d'autres, apparaît donc comme une explication importante à la fois de l'existence du commerce international, et des formes particulières qu'il prend, avec des spécialisations différentes selon les Etats. Toutefois d'autres causes jouent également un grand rôle dans les deux cas, en particulier les économies d'échelle et les aspects institutionnels. Les mêmes phénomènes ont d'ailleurs aussi contribué à l'internationalisation de la production, qui est bien sûr en partie liée à celle du commerce, mais qui ne doit pas être confondue avec elle.