Quels sont les déterminants de la division internationale du travail ?

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La division internationale du travail peut être plus ou moins poussée. Elle peut aussi répartir les rôles différemment... Longtemps cela s'est fait entre, d'un côté, des pays industriels, et de l'autre côté, des pays spécialisés dans la production de matières premières. Plus récemment on pouvait distinguer les pays à travail bon marché, d'une part, et les producteurs de produits technologiques à haute valeur ajoutée, d'autre part. Qu'est-ce qui fait que le commerce international a plus ou moins tendance à gagner en importance ? Et qu'est-ce qui explique la façon dont il s'organise, entre des pays plus ou moins spécialisés ? Autrement dit, quels sont les déterminants de la division internationale du travail ?

1/ La DIT s’explique d’abord par ses avantages, mis en évidence par la théorie classique et la nouvelle théorie du commerce international


 a) Les auteurs classiques ont justifié le commerce international par la théorie des avantages absolus et surtout celle des avantages comparatifs

Adam Smith a d'abord expliqué les avantages du commerce international avec sa théorie des avantages absolus. Si deux pays ont chacun un produit qui est réalisé plus efficacement chez eux que dans l'autre pays, ils ont intérêt chacun à abandonner le produit pour lequel leur productivité est inférieure, et à échanger ensuite les produits pour lesquels chacun s'est ainsi spécialisé. Les gouvernements ne doivent pas freiner ces ventes croisées avec des taxes comme les droits de douane: c'est l'idée du libre-échange.

Plus importante encore, la théorie des avantages comparatifs a été formulée par David Ricardo. En effet, le raisonnement d'Adam Smith ne permet pas d'expliquer pourquoi l'Angleterre, en avance dans presque tous les domaines au début du XIXe siècle, avait quand même intérêt à commercer avec des pays moins avancés qu'elle. Ricardo a montré qu'un pays a intérêt à se spécialiser dans la réalisation des produits pour lesquels son écart de productivité avec l'étranger lui est soit plus favorable soit moins défavorable que pour les autres produits. De cette façon chaque pays gagne à l'échange.


 b) La nouvelle théorie met aussi en avant les économies d'échelle, et d'autres avantages tant pour les producteurs que pour les consommateurs

Dans les années 1980, une nouvelle théorie du commerce international a émergé. Paul Krugman en particulier a donné des arguments supplémentaires en faveur du libre-échange, en insistant sur le rôle des économies d'échelle. Le fait de vendre à l'étranger permet de produire en plus grandes quantités, ce qui fait baisser le coût de production par unité produite. C'est favorable aux consommateurs car cela permet de baisser le prix de vente. Et c'est intéressant aussi pour les entreprises, car elles peuvent dégager plus de profits pour leurs propriétaires, à prix de vente égal.

A cela s'ajoutent d'autres avantages qui concernent pour les uns les consommateurs, pour les autres les producteurs. Du côté des entreprises, le fait de commercer à l'étranger augmente les débouchés de leurs produits et leur permet donc de vendre davantage, d'où aussi des profits plus élevés. Du côté des consommateurs, les échanges de biens et de services entre pays permettent d'abord d'accéder à un choix plus grand de variétés pour chaque type de produit. Cela permet aussi, sous l'effet de la concurrence étrangère qui s'ajoute aux économies d'échelle, des baisses de prix. La concurrence favorise aussi l'apparition de produits innovants.


2/ Selon les régions, les spécialisations et le degré de libre-échange découlent des dotations factorielles mais aussi d’aspects institutionnels


 a) Les dotations en facteurs de production engendrent des spécialisations qui peuvent justifier un protectionnisme éducateur

La DIT peut prendre différentes formes selon le degré de libre-échange et les spécialisations constatées pour chaque pays ou région du monde. Cela pose en particulier la question de ce qui est à l'origine des avantages comparatifs. La théorie d'Hecksher-Ohlin-Samuelson (HOS) a répondu à cette question en faisant des dotations en facteurs de production leur principal déterminant. Ainsi les pays anciennement colonisés d'Afrique ou d'Orient sont longtemps restés spécialisés dans l'agriculture, les matières premières, et les produits industriels simples, tandis que leurs ex-colons leur vendaient des produits industriels nécessitant une main-d'oeuvre qualifiée, rare au Sud.

Le problème c'est que les produits innovants, qui nécessitent une main-d'oeuvre bien formée, sont aussi ceux qui ont le moins de concurrence, et dont les prix augmentent donc plus vite. Ainsi la spécialisation dans les matières premières, par exemple, oblige à acheter toujours plus cher des machines étrangères avec les recettes tirées de produits nationaux dont le prix baisse, ou augmente moins. Cela justifie ce que l'autrichien Frédéric List a appelé le "protectionnisme éducateur" au XIXe siècle. Aucune industrie ne se serait développée chez lui face à l'industrie anglaise, si des barrières comme les droits de douane n'avaient pas été mises, le temps d'apprendre à faire des biens industriels à prix compétitifs.


 b) Outre les infrastructures de transport, la taille des Etats et leurs institutions politiques influencent également le degré de libre-échange

Le degré de libre-échange ou de protectionnisme, selon les pays, les régions du monde, et les périodes historiques, découle aussi de facteurs institutionnels. La qualité des infrastructures de transport, qui favorise le commerce international, dépend largement des politiques gouvernementales suivies au fil des années. De manière générale plus les coûts de transport sont bas, plus le commerce se développe sur longue distance. La baisse des coûts de transport dans le monde, grâce au pétrole puis aux nouvelles technologies, est d'ailleurs une des explications de la mondialisation des échanges de biens et de services, depuis le milieu du XXe siècle.

Le type de régime politique est également un facteur. Les systèmes autoritaires ont davantage besoin que les démocraties de contrôler le pouvoir économique lié à la production et la vente de biens et de services. Cela a tendance à limiter le libre-échange. Par opposition, les démocraties européennes sont parvenues à se réunir dans un organisme supra-national, l'Union Européenne, qui a fait de la "concurrence libre et non faussée" un principe fondamental des échanges entre ses membres. La taille des pays exerce aussi une influence: une petite nation a davantage besoin de commercer pour satisfaire tous ses besoins de ressources, et ne pas accumuler de retard technologique.


Conclusion   L'existence du commerce international et donc de la DIT s'explique donc par les avantages tirés de la spécialisation, des économies d'échelle, de la variété des produits, et de l'aiguillon de la concurrence. Et les formes que prend la DIT, entre des économies plus ou moins ouvertes et plus ou moins spécialisées dans différents domaines, s'expliquent principalement par les dotations factorielles, par les coûts de transport et par les institutions laissées par l'histoire. Ces éléments de réflexion permettent-ils de prévoir quelle sera l'évolution du commerce international au cours des décennies à venir ? Allons-nous vers un repli ou vers la poursuite de la mondialisation ? Les pays du Nord garderont-ils leur spécialisation dans les industries de pointe ? Ce ne sont pas des questions simples en tout cas.