Quel rôle peuvent jouer les politiques économiques face au cercle vicieux de la dépression, de la déflation et du chômage ?

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Lors de la crise financière mondiale de 2007-2008, le souvenir de la grande crise des années 1930 était présent dans tous les esprits. Le but était d'éviter que s'installe une croissance négative de la production, de façon profonde et durable. C'est ce qui définit la dépression en économie: plus de trois années consécutives de baisse du PIB, ou une diminution supérieure à 10% une année donnée. Cette situation s'est accompagnée dans les années 1930 d'une baisse générale des prix, c'est-à-dire une déflation. Les niveaux de chômage atteignaient également des sommets. Quel rôle peuvent jouer les politiques économiques pour éviter que s'installe ce genre de situation avec un enchaînement infernal de baisse du PIB, de déflation, et de hausse du chômage... qui ne semble jamais près de s'arrêter ?

1/ En cas de cercle vicieux comme la dépression des années 1930, il est déraisonnable de compter sur l'auto-régulation des marchés


 a) La théorie classique fait confiance au marché pour rétablir les équilibres économiques sans intervention de l'Etat

Du point de vue de la théorie classique, depuis "La Richesse des Nations" d'Adam Smith parue en 1776, la "main invisible du marché" assure la meilleure organisation possible de la production. Elle ajuste au mieux les comportements de chacun grâce à la variation des prix. Cette idée a été formalisée par les économistes néoclassiques à la fin du XIXe siècle, avec la loi de l'offre et de la demande, la théorie de l'équilibre général de Walras et celle de l'optimum de Pareto.

L'idée est que les ressources en situation de pénurie ont tendance à voir rapidement leur prix augmenter, jusqu'au seuil où il devient intéressant de les fournir en quantité suffisante. Tandis que celles où l'offre est supérieure à la demande, au contraire, voient leur prix baisser au point où cela intéresse moins de vendeurs. L'équilibre ainsi atteint sur le marché de chaque ressource, y compris le marché des heures de travail ou celui des capitaux prêtables, déboucherait sur un équilibre général sur l'ensemble des marchés. Et la situation ainsi trouvée spontanément serait la meilleure possible, autrement dit l'optimum. Toute intervention de l'Etat ne pourrait être que nuisible.


 b) Cela ne s'applique pas aux situations de vraie dépression car elles se nourrissent du chômage et de la déflation qu'elles provoquent

L'exemple de la crise des années 1930 a montré qu'il existe des situations où le simple mécanisme des marchés ne suffit pas à rétablir le bon fonctionnement de l'économie. Cela a été souligné notamment par John Keynes, dans son ouvrage couramment appelé la "Théorie Générale", paru en 1936. En effet, le travail n'est pas une marchandise comme une autre. En échange de leur travail, les individus reçoivent des revenus qui leur permettent de consommer. S'ils perdent leur emploi ou doivent accepter des baisses de salaires, ils achètent moins de produits et la demande globale baisse à l'échelle de l'ensemble de l'économie.

Le cercle vicieux de la dépression, de la déflation et du chômage risque alors de se mettre en place: la baisse de la production et des ventes pousse les entreprises à baisser les prix dans l'espoir de vendre à nouveau davantage... Pour baisser les prix elles doivent baisser les coûts et donc faire baisser les dépenses de personnel... Les individus touchés diminuent leurs achats ce qui fait baisser encore davantage les ventes. D'autant que la tendance à la baisse des prix rend intéressant d'attendre avant d'acheter.


2/ Malgré l'efficacité à court terme des politiques économiques, leur impact à plus long terme doit inciter à la prudence


 a) La politique budgétaire et la politique monétaire permettent de stimuler la croissance à court terme en relançant la demande

La politique budgétaire consiste à utiliser les recettes et les dépenses du gouvernement, autrement dit le budget de l'Etat, pour agir sur l'économie. La baisse des impôts, côté recettes, ou de l'autre côté la hausse des dépenses, ont pour effet en principe d'accélérer le rythme de hausse du PIB. Car les salariés des entreprises bénéficiant de commandes publiques, les agents de l'Etat plus nombreux ou mieux payés, les citoyens moins pressurés d'impôts... ont tendance à acheter davantage, et donc les producteurs vendent plus. D'où une tendance à l'embauche plutôt qu'aux licenciements. A l'échelle d'un ou deux ans c'est efficace en général, en tout cas s'il reste des travailleurs et du matériel inemployés.

La politique monétaire consiste principalement à agir sur le niveau des taux d'intérêt pratiqués par les banques, par l'intermédiaire des taux d'intérêt fixés par la banque centrale (la BCE dans la zone euro). Lorsque le niveau des taux d'intérêt est bas, davantage de personnes empruntent pour faire des dépenses. Les entreprises vendent donc davantage, d'où plus de croissance et moins de chômage. C'est donc une autre façon de relancer la demande.


 b) Mal utilisées elles nuisent à la croissance à plus long terme à cause de l'inflation et de l'usage moins efficace des ressources

A propos de la politique budgétaire, il faut savoir que le budget de l'Etat a été créé au départ pour de tout autres raisons. C'est le cas en particulier des dépenses pour l'armée, la police, la justice, l'enseignement : elles contribuent à la paix sociale et, grâce au contexte institutionnel qu'elles entretiennent, à la croissance à long terme. Il n'est pas souhaitable de trop jouer avec pour accélérer ou freiner la croissance selon, par exemple, la date des élections. Or en démocratie, c'est tentant pour les gouvernements.

De plus, la hausse de la demande ne fait pas seulement augmenter la production. Elle pousse les prix vers le haut. Et ils peuvent accélérer jusqu'au point où le fonctionnement des marchés est perturbé car d'une heure à l'autre, le repère fourni par les prix change. L'organisation de l'économie finit alors par ne plus permettre le meilleur usage possible des ressources. D'autre part, le fait pour l'Etat d'emprunter, pour augmenter ses dépenses ou baisser les impôts, empêche d'autres agents économiques comme les entreprises d'utiliser ces possibilités d'emprunts. Or cela serait plus intéressant pour le bien-être général, si on pense que le marché ajuste au mieux les comportements le plus souvent.


Conclusion   Il existe incontestablement des situations où les marchés ne fonctionnent plus et où l'intervention de l'Etat peut éviter des tendances durables et profondes à la baisse du PIB, à la déflation et à la montée du chômage. Une relance de la demande, que ce soit par la politique budgétaire ou par la politique monétaire, peut servir à cela à condition d'être bien ciblée et clairement délimitée dans le temps. Dans la zone euro la politique monétaire est toutefois conduite par la banque centrale européenne, qui est indépendante. Il est permis de se demander dans ce cas si un gouvernement a vraiment les moyens d'agir seul pour stimuler la hausse du PIB national.