Les fluctuations économiques s'expliquent-elles uniquement par les variations de la demande ?

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Le rythme moyen de la croissance économique en France est plus élevé à certaines périodes qu’à d’autres. Le taux de variation du PIB en 2017, par rapport à 2016 a ainsi atteint à peu près 2% alors qu'il se situait à 1,1% en 2016 par rapport à l'année précédente. C'est vrai aussi sur plus longue période: dans les années 1950 et 1960 pendant les 30 glorieuses, le rythme annuel de croissance était plutôt de 5% en moyenne. Il est tombé à 2% dans les années 80 et 1990, et il a souvent été inférieur encore depuis les années 2000. Qu'est-ce qui explique ces fluctuations économiques, autrement dit ces variations dans le rythme de croissance ? Quel rôle jouent en particulier les évolutions de la demande globale, c'est-à-dire des quantités de produits que les agents économiques cherchent à se procurer à l'échelle de l'ensemble de l'économie ?

1/ Les fluctuations découlent de nombreuses variations imprévisibles de l'offre autant que de la demande


 a) Comment des chocs de demande peuvent éloigner de la tendance de croissance ?

La production annuelle d’une population comme celle de la France a tendance à croître, sous l’effet d’une part de la hausse démographique, qui se traduit par une augmentation de la population active et donc de la quantité de travail disponible pour produire, d’autre part de la hausse des quantités de biens de production durables pouvant être mobilisés, autrement dit le capital physique, et enfin de l’efficacité de leur utilisation combinée. Cette hausse des facteurs de production travail et capital, associée à celle de la productivité globale des facteurs, détermine le 'trend' c'est-à-dire la tendance régulière de l'évolution du PIB, qu'on peut représenter sous forme de droite en fonction du temps.

Mais la courbe du PIB réellement mesuré montre des écarts permanents au-dessous et au-dessus de cette tendance. Ceci s'explique notamment par des événements imprévisibles qui font chuter ou au contraire augmenter les décisions d'achats de produits. Par exemple si un attentat fait annuler la moitié des réservations d'hôtel dans un petit pays touristique, c'est un choc de demande négatif: la production va baisser parce que les clients sont beaucoup plus rares. Il existe aussi des chocs de demande positifs: l’organisation d’un événement comme les jeux olympiques peut attirer beaucoup de consommateurs supplémentaires dans un pays pendant quelque temps.


 b) Pourquoi des chocs d'offre tant positifs que négatifs écartent aussi du 'trend' ?

Des chocs positifs ou négatifs innombrables, et d'intensité plus ou moins fortes, affectent également la production par un effet direct sur l'offre de produits. Comme exemple de choc d'offre négatif, on peut citer une guerre entre deux pays gros producteurs de pétrole, car cela fait baisser les quantités et augmenter les prix mondiaux de cette matière première... d'où par ricochet une hausse aussi des prix des nombreux produits qui utilisent les propriétés chimiques ou l'énergie du pétrole.

Dans l'autre sens il existe aussi de nombreux exemples de chocs d'offre positifs, notamment lorsqu'on utilise de nouvelles méthodes pour produire certains biens. Un des plus célèbres a été la découverte de la machine à vapeur comme outil de production à la fin du XVIIIe siècle en Angleterre: cela a permis de produire et donc de vendre des quantités beaucoup plus importantes.


2/ Elles sont amplifiées par des mécanismes qui jouent plutôt sur la demande, mais surtout à court terme


 a) Comment agissent les mécanismes amplificateurs des fluctuations par le biais de la demande ?

L'économie d'un pays subit en permanence de nombreux chocs d'offre ou de demande, dans un sens ou dans l'autre. Ils pourraient avoir tendance à se compenser les uns les autres, même s'il y a entre eux de légers décalages dans le temps. Car ils concernent souvent certaines catégories de produits seulement, et leur effet direct est alors limité en général. Mais il existe des mécanismes amplificateurs des chocs qui jouent également un rôle important. Ils sont beaucoup plus prévisibles que les chocs eux-mêmes, une fois que l'événement a eu lieu. Et ils agissent surtout par le biais de la demande.

Un des plus important est ce qu'on appelle le cycle du crédit. Ce n'est d'ailleurs pas un cycle à proprement parler: en fait il contribue à rendre assez régulières, donc cycliques, les fluctuations à court terme du PIB autour de la droite de tendance. Après un choc positif les banques sont moins inquiètes de pouvoir être remboursées et prêtent davantage. La demande s'accroît car les emprunteurs achètent. Cela accélère la hausse du PIB au-dessus de la droite de tendance: c'est la phase d'expansion. Mais lorsqu'un choc négatif un peu plus fort que les autres se produit la tendance s'inverse d'autant plus brutalement, car les banques deviennent méfiantes et prêtent bien moins: c'est la phase de récession.


 b) Quel rôle jouent les grappes d'innovation et donc l'offre dans les cycles économiques à long terme ?

Les fluctuations cycliques du niveau de production, autour de sa droite de tendance, ne sont pas toutes à l'échelle de un à trois ans, autrement dit du genre de durée qu'on peut qualifier de court terme en économie. Il existe aussi des phénomènes d'accélération et de ralentissement du PIB sur des périodes de temps beaucoup plus longues. Les fluctuations à court terme se superposent d'ailleurs à ces dernières.

Ces cycles longs, à l'échelle d'un demi-siècle pour certains, sont appelés cycles de Kondratieff. Et en ce qui les concerne, l'explication du mécanisme n'est pas au niveau de la demande mais de l'offre de produit. Selon le raisonnement de l'économiste autrichien Schumpeter, le progrès technique fait sentir ses effets plus ou moins vite selon les périodes. A la suite d'une innovation majeure, d'autres innovations plus ou moins liées à la première (par exemple l'introduction des écrans tactiles quelques années après l'apparition des téléphones portables) prolongent leur effet accélérateur sur le niveau de production. C'est la logique dite des grappes d'innovation.


Conclusion   Les phénomènes impliqués dans les fluctuations économiques agissent bien du côté de l'offre autant que du côté de la demande. Certes un mécanisme amplificateur comme le cycle du crédit fait jouer un rôle important à la demande, à court terme. Mais le problème majeur posé par la croissance économique à partir de 1974, et plus encore après 2008, semble être un ralentissement de long terme. De ce point de vue, les pouvoirs publics peuvent-ils agir avec les outils de la politique budgétaire par exemple, sans créer plus de mal que de bien ? Ou doivent-ils privilégier l'investissement dans le capital humain, à travers les fonds consacrés à la recherche et à l'innovation ?