A quel point l'accumulation de capital sous toutes ses formes favorise la croissance ?

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Au sens strict, l’investissement, ou formation brute de capital fixe (FBCF), correspond aux achats de biens durables par les entreprises (investissements privés) ou par les administrations publiques comme l’Etat (investissements publics). Au sens large, il peut s’agir de l’accumulation d'autres sources durables de ressources, comme le capital humain lié au niveau de formation d'une population. Le capital naturel est une autre forme de capital au sens large. En tant que facteur de production, le capital contribue logiquement à la croissance économique, qui est l'augmentation de la production, mesurée en général par la valeur ajoutée. Mais est-ce vrai de la même manière pour toutes les formes de capitaux ? Faut-il chercher principalement à développer l'investissement matériel (en capital technique), ou accorder au moins autant d'importance au capital humain par exemple ?

1/ L’accumulation de capital matériel favorise la croissance à la fois par ses effets sur l’offre et sur la demande


 a) Par quels effets sur la demande l’investissement favorise-t-il la croissance ?

A court terme, les investissements privés ou publics ont un effet direct sur la demande, puisque les biens d’équipement achetés par certaines entreprises ou par l’Etat doivent être produits par d’autres. Le niveau d’investissement représente ainsi une partie de la demande adressée aux entreprises d’un pays, en plus du niveau de consommation. Si l’Etat favorise l’investissement privé en faisant baisser par exemple les taux d’intérêts, ou investit directement lui-même par le biais des dépenses publiques, il augmente la demande, donc le niveau de production.

Cet effet est renforcé par le phénomène appelé « multiplicateur d’investissement » ou « multiplicateur keynésien ». Le résultat final, sur le niveau de production, d’un accroissement des sommes consacrées à l’investissement, est en effet supérieur au montant de cette augmentation initiale de la demande, car une première hausse de production en entraîne d’autres grâce au supplément de revenus et donc de consommation qu’elle entraîne.


 b) Par quels effets sur l’offre l’investissement favorise-t-il la croissance ?

Le niveau de la production est lié aux quantités disponibles des deux facteurs de production, le travail et le capital. Pour réaliser un volume de produits donné, une certaine quantité de biens d’équipement est nécessaire, qu’il s’agisse de locaux, de véhicules ou de machines par exemple. Pour que le niveau de production augmente à moyen terme, il faut donc la plupart du temps que les quantités de capital utilisables s’accroissent aussi. Il est donc nécessaire que le niveau d’investissement s’élève, puisqu’investir, par définition, c’est ajouter ou remplacer du capital fixe, c’est-à-dire des biens d’équipement.

L’investissement permet aussi aux entreprises d’améliorer leur productivité, c’est-à-dire d’obtenir davantage de valeur ajoutée à partir d’un même montant de travail et de capital utilisé. En effet, à l’occasion d’un achat ou d’un renouvellement de bien d’équipement, l’entreprise bénéficie des innovations que celui-ci incorpore par rapport aux générations précédentes de matériel. Cela a notamment pour effet d’augmenter sa compétitivité, c’est-à-dire sa capacité à faire face à la concurrence étrangère, puisque les coûts de production moins élevés permettent de baisser les prix. Cette demande supplémentaire est favorable à la croissance.


2/ Les autres formes d'investissements jouent un rôle de plus en plus important pour la croissance à long terme


 a) Pourquoi l’investissement en capital humain joue-t-il un rôle essentiel aujourd'hui ?

Dans nos économies largement fondées sur l'échange d'informations, il est devenu courant d’étendre la notion de capital, au-delà des biens de production, à d’autres sources durables de ressources. Les entreprises peuvent ainsi tirer avantage pendant très longtemps des dépenses qu’elles ont faites à un moment donné pour la publicité de leurs produits ou pour la formation de leur personnel. Dans les deux cas cela peut se voir comme l’accumulation de capital immatériel, et dans le second cas, plus précisément, comme un investissement en capital humain. Des salariés mieux formés créent ensuite plus de valeur par heure de travail.

Dans un sens encore plus large, le capital humain n’inclut pas seulement le niveau de compétences de chaque travailleur, mais aussi l’avantage tiré par l’entreprise de la fréquence et de la qualité des relations entre les membres du personnel (« l’esprit d’équipe » par exemple). C’est une forme de capital social, qui peut aussi inclure l’ensemble des règles et des habitudes qui organisent plus ou moins bien ces relations : on parle dans ce cas de capital institutionnel. Et ce qui est vrai à l’échelle d’une entreprise l’est également à l’échelle d’un pays : cela justifie par exemple les dépenses de l’Education Nationale en France.


 b) A défaut de pouvoir accumuler le capital naturel, pourquoi faut-il le préserver ?

La nature est une source durable de ressources, et donc une forme de capital au sens large. Elle fournit en permanence des moyens de satisfaire des besoins, en particulier par la contribution qu’elle apporte à la production. Pour s’en convaincre il suffit de se demander quels biens ou quels services on pourrait réaliser sans eau, sans air, sans minerai par exemple... L’utilisation de la notion de capital naturel apparaît donc tout à fait légitime.

Parler d’accumulation de capital naturel en revanche peut sembler plus problématique, car pour accumuler il faut un contrôle que les êtres humains n’ont pas vraiment sur la nature. Ils peuvent la transformer, mais elle leur échappe toujours en partie Et lorsqu’ils la transforment, ce qui est obtenu n’est de toute façon plus naturel, par définition. Toutefois des ressources en temps et en divers moyens matériels peuvent être consacrées à préserver le capital naturel, par exemple la biodiversité des grands parcs nationaux, ou la qualité de l’air. Cela peut apparaître comme une forme d’investissement qui permettra à l’avenir de continuer à produire, sans quoi il ne pourrait pas y avoir de croissance économique.


Conclusion   L'investissement matériel, ou accumulation de capital technique, est clairement une condition de l'augmentation du produit intérieur brut, autrement dit de la croissance économique. Mais dans une économie de la connaissance où les produits échangés sont souvent des informations, l'accumulation de capital humain est devenue également très importante. Cela pose la question des choix que peuvent faire les gouvernements pour favoriser ces différents types d'investissements. Doivent-ils par exemple privilégier les investissements publics financés par les prélèvements obligatoires, ou mettre en place des politiques incitatives pour stimuler les investissements privés ?