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Le taux de chômage est élevé en France, de l’ordre de 10% en 2016 selon la définition du Bureau International du Travail . Parmi les travailleurs les moins qualifiés, ceux dont les emplois peuvent s’exercer sans formation ou expérience particulière, le taux est encore bien supérieur, supérieur à 30% pour les individus sans diplôme de moins de 30 ans. Le débat sur les causes du chômage oppose les économistes qui comme Jean-Paul Fitoussi réclament des politiques monétaires et budgétaires plus favorables à la croissance en Europe, et d’autres qui mettent davantage l’accent sur le niveau élevé du coût du travail pour les entreprises françaises, et donc sur la nécessité de réformes structurelles touchant à la législation du travail. Dans le coût du travail, on compte le montant des salaires, celui des cotisations sociales qui financent notamment l’assurance-maladie et l’assurance-vieillesse, et les autres dépenses liées à la législation du travail, comme le risque d’avoir à verser des indemnités au cas où des licenciements seraient nécessaires. Face au problème du chômage des moins qualifiés, la baisse du coût du travail peut-elle être une solution ?

1/ Les comparaisons entre catégories d’actifs peu qualifiés ainsi qu’entre nations semblent confirmer l’analyse économique classique, qui explique le chômage involontaire par un coût élevé du travail


 a) Comment la théorie économique classique peut-elle conduire à l’idée que le salaire minimum cause du chômage ?

D’après la théorie économique classique, il ne peut pas y avoir de chômage involontaire si le marché du travail fonctionne correctement. Dans ce cas en effet, le coût salarial a tendance à s’établir à un niveau qui équilibre la quantité de travail demandée par les entreprises et la quantité offerte par les personnes désireuses de travailler.

De ce point de vue, le chômage peut s’expliquer par l’existence d’un salaire minimum supérieur au salaire d’équilibre (exemple du SMIC en France), ou par celle de cotisations sociales qui alourdissent le coût salarial dans les pays où les systèmes de retraites ou d’assurance-maladie sont généreux. Selon ce raisonnement, le salaire minimum a des effets particulièrement négatifs pour les travailleurs les moins qualifiés, dans la mesure où le salaire d’équilibre sur le marché des travailleurs plus diplômés a davantage de chances d’être supérieur au salaire minimum.


 b) Quels exemples peut-on donner pour soutenir le raisonnement classique à propos du chômage ?

La classification des professions et catégories socio-professionnelles fait apparaître un taux de chômage nettement inférieur dans le cas des agriculteurs et des artisans-commerçants, qui sont des catégories de travailleurs souvent assez peu qualifiés mais indépendants, par rapport aux ouvriers et aux employés, catégories les moins qualifiées parmi les salariés. Or ce qui caractérise les indépendants, c’est qu’aucun salaire minimum ne s’oppose à la baisse de leurs revenus, selon les évolutions de l’offre et de la demande de leur production. Un agriculteur exploitant peut accepter de continuer à travailler malgré des bénéfices inférieurs au salaire minimum, et des horaires de travail supérieurs au maximum légal prévu pour les salariés.

D’autre part, le taux de chômage américain a bondi de 5 à 10% après la crise de 2007, mais il est aujourd'hui revenu aux alentours de 5%, très inférieur au taux français. Une des explications possibles est le niveau peu élevé du salaire minimum aux Etats-Unis. Cela a entraîné le phénomène des « working poors », mais cela favorise peut-être aussi l’ajustement de l’offre et de la demande de travail peu qualifié.


2/ Ce constat a toutefois des limites qui incitent à tenir compte des arguments favorables à l’amélioration ou au maintien des salaires, lorsqu’il faut soutenir la demande ou favoriser la productivité du travail


 a) Quels exemples soutiennent plutôt les arguments de Keynes, opposés à la théorie classique sur le chômage ?

Le lien entre chômage et coût élevé du travail n’est pas systématique. En 2016, le coût horaire du travail en Allemagne était supérieur d'un quart à la moyenne de l'UE, et pourtant le taux de chômage était nettement inférieur : de l’ordre de 6%, à comparer avec 8% dans l’UE.

D’un point de vue théorique, Keynes a souligné le risque d’une spirale à la baisse des salaires et de la production. Une baisse des salaires n’améliore pas forcément l’emploi car cela diminue le pouvoir d’achat d’une partie de la population, et les entreprises peuvent être conduites à produire encore moins si elles prévoient une baisse de la consommation de leurs propres produits. Dans ce cas elles peuvent même être amenées à réduire encore davantage les salaires ou à licencier. Il peut être utile au contraire de favoriser l’amélioration du pouvoir d’achat si toutes les capacités de production (machines, main-d’oeuvre) ne sont pas utilisées.


 b) Quel effet a le niveau de salaire sur la productivité du travail, et quelle est son importance pour les pays du Nord ?

Les salaires élevés ne constituent pas seulement un moyen de soutenir la demande. Ils améliorent aussi, du côté de l’offre, la productivité. Des salariés bien payés sont plus productifs, en meilleure santé, moins stressés. La perspective de pouvoir toucher un bon salaire incite aussi à faire des efforts de formation qui seraient négligés en cas d’incertitude trop forte sur les revenus futurs. Ces arguments sont connus sous le nom de "théorie du salaire d’efficience".

La théorie du salaire d’efficience prend d’autant plus d’importance, dans les pays développés, que leur principal atout réside précisément dans la productivité de leurs travailleurs. Ils n’ont pas intérêt à privilégier la baisse des coûts salariaux dans leur recherche de compétitivité par rapport aux pays à bas salaires, qui feront toujours mieux qu’eux dans ce domaine.


Conclusion   Malgré la force des arguments d’inspiration néo-classique (libérale) en faveur de l’ajustement de l’offre et de la demande de travail par les prix, il semble que le raisonnement keynésien demeure valable en situation de faiblesse de la demande et de sous-emploi des capacités de production : la baisse des salaires peut alors contribuer à accroître le chômage. Les choix de politique économique pour résoudre le chômage dépendent donc du diagnostic posé sur la situation actuelle : est-ce la demande qui manque de dynamisme ?