Les facteurs travail et capital sont-ils les seules sources de la croissance économique ?


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Le rythme de hausse de la production, très rapide en Europe de l’Ouest pendant les années 50 et 60 (plus de 5% par an) , a connu un ralentissement prononcé à partir du milieu des années 1970 avec un rythme moyen plutôt de l’ordre de 2%. Et depuis la fin des années 2000 la croissance semble même encore plus faible, guère supérieure à 1% en moyenne. Compte tenu du rôle joué par la production dans la satisfaction des besoins de la population, cette situation invite à s’interroger sur les sources de la croissance. Quel rôle jouent les facteurs de production travail et capital par rapport à d’autres explications possibles de la croissance ? Les politiques publiques peuvent-elles avoir une action positive dans ce domaine ?

1/ Les deux facteurs de production (travail et capital) sont aussi les deux principaux facteurs de croissance


 a) Comment la hausse de la population active contribue-t-elle à la croissance économique ?

Produire c’est créer des ressources, c’est-à-dire des moyens de satisfaire ses propres besoins ou ceux d’autres personnes. C’est donc une activité qui nécessite d’y consacrer un minimum de temps, et souvent même celui de plusieurs personnes. Plus la quantité de travail disponible dans l’ensemble de la population est importante, plus il est ainsi possible de créer des ressources en grande quantité. L’augmentation de la population en âge de travailler (15 ans et plus), c'est-à-dire en capacité de contribuer à la production, est donc une des principales sources possibles de la croissance économique.

Il faut toutefois tenir compte du fait que la population active n’inclut pas tous les plus de 15 ans : la durée moyenne des études, l’âge moyen de départ à la retraite, le pourcentage de femmes au foyer, varient selon les pays ou les périodes, et exercent une influence sur la quantité de travail disponible, indépendamment de la croissance démographique. En outre, les économies contemporaines n’utilisent pas entièrement la population active, puisque de nombreux chômeurs sont disponibles pour travailler, sans y parvenir. Tous ces éléments font qu’en France le taux d’emploi (actifs occupés/français en âge de travailler) est inférieur à 65%. La durée hebdomadaire du travail (35 h en France en principe) peut aussi être plus ou moins élevée.


 b) Qu'est-ce qui fait des diverses formes de capital un complément indispensable au travail, parmi les facteurs de croissance ?

Pour favoriser la croissance il ne suffit cependant pas de faire augmenter la population, en stimulant la natalité ou l’immigration, ni même de faire augmenter le taux d’emploi en reculant l’âge de départ en retraite, en encourageant le travail des femmes ou les études courtes... En effet, on ne travaille pas sans équipements, même pour ramener des fruits de la forêt. C’est ce qu’exprime la fonction de production Y=F(L,K) à travers laquelle les économistes font dépendre la création de ressources Y de l’utilisation de quantités de travail L et de quantités de capital K.

Sous le terme de capital se cachent néanmoins des catégories de ressources très différentes, qui ont en commun d’être elles-mêmes des sources de ressources, puisqu’elles permettent de produire. Au-delà du capital physique qui comprend les biens de production durables comme les locaux, les véhicules ou les machines, on doit tenir compte aussi de formes immatérielles de capital : la notoriété acquise grâce à la publicité, la qualité de la formation du personnel, l’esprit d’équipe… Certains comptent aussi, dans le capital physique, l’environnement naturel (le climat par exemple), et les biens de production non durables (qu’il vaut souvent mieux analyser comme consommations intermédiaires).


2/ Cependant leur usage combiné s'améliore grâce au progrès technique, que des politiques publiques peuvent stimuler


 a) A quel point la croissance actuelle et future dépend d'un meilleur usage des facteurs de production grâce au progrès technique ?

Les analyses statistiques sur longue période ont montré qu’une partie non négligeable de l’augmentation de la production ne s’explique pas par la hausse des quantités de travail et de capital utilisées. Ce « résidu », comme on a pris l’habitude de l’appeler, s’explique par le progrès technique. Ce qui apparaît ainsi en effet, c’est une amélioration dans l’utilisation combinée des quantités de travail et de capital vouées à produire. Autrement dit, c’est une hausse de la productivité globale des facteurs de production, qui sert d’ailleurs de mesure statistique du progrès technique.

Ce gain d’efficacité de la production peut avoir plusieurs origines. L’une d’elles est le recours à des techniques de production plus performantes, grâce à des machines plus perfectionnées et moins coûteuses elles-mêmes à produire. La hausse de la productivité globale peut également résulter d’une amélioration générale des compétences, ou d’une meilleure organisation du travail. Dans un monde où une partie du capital naturel se dégrade, avec l’épuisement des énergies fossiles notamment, et où la croissance démographique va s’assagir, la hausse de la productivité globale est en tout cas le principal espoir de croissance économique.


 b) Quel rôle les politiques publiques peuvent jouer pour créer un contexte favorable à l'innovation et à la croissance ?

L’idée que l’Etat peut agir sur l’évolution de la productivité globale des facteurs est relativement récente. Le progrès technique a longtemps été considéré comme « exogène », c’est-à-dire comme une variable indépendante des autres, sur laquelle il est impossible d’agir. C’est le cas dans la théorie de Robert Solow (1956), qui montre l’importance du progrès technique mais le fait apparaître comme un « résidu » incontrôlable. La théorie de la croissance endogène (Paul Romer, 1986) a remis en cause cette idée, et permis d’envisager des politiques publiques orientées vers l’innovation et la croissance.

Afin de favoriser la croissance, il serait ainsi possible d’utiliser une partie des prélèvements obligatoires pour des dépenses de recherche et de formation. Celles-ci jouent un rôle clé dans la hausse de la productivité globale à long terme, mais les acteurs privés ne sont pas assez incités par les mécanismes du marché à prendre cela en compte (il s’agit « d’externalités positives »). Pour encourager la recherche privée, la protection de la propriété intellectuelle (brevets) est également essentielle. De manière générale, le contexte institutionnel peut favoriser plus ou moins l’effort et la prise de risque liée à l’innovation.


Conclusion   Aucune production n’est évidemment possible sans un minimum de travail et d’équipements. Produire plus suppose donc souvent d’avoir recours à davantage d’heures de travail et à des quantités plus élevées de capital... Cependant des gains d’efficacité importants sont possibles dans l’utilisation de ces deux facteurs de production, et cette hausse de la productivité globale a contribué dans le passé pour une large part à la croissance économique constatée. Tout laisse à penser que le progrès technique est même appelé à jouer un rôle encore plus important pour la croissance du futur. Il serait cependant dangereux d’y voir la solution miracle qui permettrait de compenser plus tard les erreurs que l’humanité pourrait faire aujourd’hui dans le domaine environnemental. Il faut aussi certainement se donner les moyens d’actions publiques spécifiques pour freiner le réchauffement climatique ou la perte de biodiversité, faute de quoi il sera beaucoup plus difficile aux générations futures de tirer des ressources du capital naturel.