En quoi l'innovation est-elle un facteur de compétitivité?


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Dans une économie de marché, les entreprises sont confrontées en permanence à la concurrence des unes envers les autres. Elles cherchent donc à améliorer leur capacité à y faire face, c’est-à-dire leur compétitivité. On distingue habituellement la « compétitivité prix », qui découle de la capacité à vendre moins cher que la concurrence, et la « compétitivité hors prix », appelée aussi « compétitivité produit » ou « structurelle », qui résulte par exemple de la réputation ou de la qualité particulière des produits. Le problème se pose également à l’échelle des Etats, car les entreprises d’un territoire peuvent être plus ou moins compétitives par rapport à celles des autres pays, selon l’environnement juridique, matériel et social que contribuent à leur créer les décisions de politique gouvernementale. En France et en Europe, les pouvoirs publics affichent ainsi leur volonté de favoriser l’innovation afin d’améliorer la compétitivité de leurs entreprises. L’innovation correspond à l’application de nouvelles connaissances dans le domaine de la production. Il s’agit soit de proposer de nouveaux produits (innovations de produit), soit de mettre en œuvre de nouvelles techniques de production (innovations de procédé), soit d’introduire de nouvelles formes d’organisations du travail (innovations organisationnelles). L’innovation favorise la compétitivité selon plusieurs mécanismes.

1/ L’innovation est un moyen d’améliorer la compétitivité-prix


 a) Comment les innovations de procédés permettent-elles de réduire les coûts et donc les prix ?

La mise en œuvre de nouvelles techniques de production, grâce à l’utilisation de machines nouvelles ou de nouveaux équipements, permet en général aux entreprises d’accroître leur productivité, c’est-à-dire le rapport entre les quantités produites et les quantités de travail ou de capital utilisées. Chaque unité produite revient ainsi moins cher à réaliser, ce qui permet de la vendre à un prix inférieur tout en continuant à faire des bénéfices. D’où une meilleure compétitivité-prix.

Ce raisonnement est clairement illustré par l’exemple des pays les mieux classés pour la compétitivité de leurs entreprises, en particulier la Suisse, et les Etats-Unis (respectivement au premier et au troisième rang mondial selon le Forum Economique Mondial en 2015, à comparer avec la position de la France, vingt-deuxième). Or le nombre de brevets déposés par rapport au nombre d’habitants est aussi presque trois fois plus élevé en Suisse et aux Etats-Unis, par rapport à la France.


 b) Quels changements dans l’organisation du travail, en particulier, ont favorisé la compétitivité-prix des innovateurs ?

L’augmentation de la productivité, favorable à la compétitivité-prix, peut également résulter d’innovations dans l’organisation du travail. Ainsi le taylorisme, grâce à la division verticale et horizontale du travail, a permis de quadrupler la production des entreprises concernées à la fin du XIXème siècle, tout en divisant le nombre d’ouvriers par quatre. Puis le fordisme, au début du XXème siècle, a permis d’augmenter encore la productivité et de faire ainsi baisser davantage les prix, grâce au convoyage automatique des produits en cours d’élaboration entre les postes de travail. Entre 1910 et 1925, le prix d’une automobile Ford a été divisé presque par 10.

Le toyotisme, qui s’est développé à partir des années 60 au Japon et s’est ensuite répandu sur toute la planète, a visé les mêmes objectifs de hausse de la productivité et donc d’augmentation de la compétitivité-prix, à un moment où le modèle taylorien-fordien commençait à atteindre ses limites partout dans le monde. Cette méthode d’organisation du travail imaginée par Taichi Ohno cherche à favoriser la réactivité de l’entreprise, afin de diminuer les coûts liés aux stocks et aux incertitudes sur l’évolution de l’environnement. Cela conduit à mettre l’accent, notamment, sur la polyvalence et l’esprit d’initiative des salariés.


2/ L’innovation est également un facteur de compétitivité structurelle


 a) Pourquoi les innovations de produits améliorent-elles la compétitivité hors-prix ?

Les innovations de produits correspondent à la mise sur le marché soit de produits complètements nouveaux (« innovations radicales »), soit de produits nettement améliorés par rapport aux versions précédentes ou vis-à-vis de la concurrence (« innovations incrémentales »). Dans un cas comme dans l’autre, les entreprises concernées peuvent parvenir à une situation de quasi-monopole, car elles se retrouvent seules ou presque à vendre un produit avec des caractéristiques très particulières. Le fait qu’elles puissent par conséquent fixer leur prix presque sans contraintes, conduit à évoquer à leur propos une « compétivité hors-prix ».

Bon nombre d’entreprises fondent ainsi leur stratégie sur la différenciation des produits, dans le but de gagner en compétitivité structurelle ce qu’elles ne pourraient pas gagner en compétitivité prix. Il peut suffire par exemple de présenter une version du produit plus respectueuse de l’environnement. Dans certains domaines d’activité, en particulier dans le cas des produits de haute technologie, pour lesquels les connaissances applicables évoluent rapidement, cette compétitivité produit est plus déterminante que la compétivité prix. L’innovation est alors une question de survie, comme certaines firmes informatiques en ont fait l’amère expérience (IBM...)


 b) Comment les innovations de procédés contribuent à la compétitivité hors-prix ?

Les innovations de procédé permettent aussi de gagner en compétitivité structurelle lorsqu’elles améliorent la qualité des produits. Ainsi, la performance des microprocesseurs, en termes de rapidité de calcul, de consommation électrique, et de diffusion de chaleur, dépend notamment de la finesse de gravure de leurs circuits imprimés. Par conséquent dans la compétition enre Intel et AMD sur le marché des microprocesseurs, la capacité d’Intel à fabriquer des circuits avec une finesse de gravure de 22 nanomètres à partir de l’année 2011, a représenté une innovation de procédé très favorable à sa compétitivité hors-prix.

En matière de qualité, l’organisation du travail est également un facteur important. Pour cette raison, les innovations organisationnelles peuvent largement contribuer à la compétitivité hors prix d’une entreprise. La responsabilisation des salariés est un des principes importants du modèle toyotiste d’organisation de la production, qui prône le « zéro défaut ». Et il ne fait guère de doute que la réputation de qualité et de fiabilité des véhicules d’un constructeur automobile, par exemple, peut lui permettre de bien vendre ses produits malgré des prix plus élevés que ceux de la concurrence.


Conclusion   L’innovation sous toutes ses formes est donc largement favorable à la compétitivité, grâce aux baisses de prix que permettent les gains de productivité, et à l’avantage concurrentiel que peuvent représenter une meilleure qualité ou un produit différencié. C’est la raison qui a conduit les chefs d’Etats et de gouvernements, réunis au conseil européen de Lisbonne en 2000, à proclamer comme objectif prioritaire la transformation de l’Union Européenne en « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde ». Cet objectif, connu sous le nom de « stratégie de Lisbonne », place véritablement l’innovation au cœur des mécanismes qui contribuent à la compétitivité d’un territoire. Mais si l’innovation peut ainsi améliorer la capacité d’une entreprise ou d’un pays à affronter la concurrence, il reste à s’interroger sur le but ultime de ces gains de compétitivité: améliorent-ils vraiment le bien-être de la population, et à quelles conditions ?