Warning: mktime() expects parameter 5 to be long, string given in /public_html/ses/tcoex1718/co.php on line 98

Pour revenir au sommaire des SES, c'est ici...    et pour la version affichant une idée par sous-partie, c'est par là...    (droits réservés)


La croissance économique a nettement ralenti depuis 1973, puisque le taux d’augmentation du PIB s’est situé depuis à 2% par an en moyenne en France jusqu’en 2008, et même moins ensuite, tandis qu’il dépassait 5% pendant les 30 glorieuses. L’échec des politiques de relance, comme celles de 1975 et de 1982 en France, a ébranlé l’analyse keynésienne selon laquelle c’est l’insuffisance de la demande qui peut faire baisser le niveau de production ou ralentir la croissance. Dans ces conditions faut-il se satisfaire de l’analyse économique classique, qui conduit à mettre en cause l’insuffisance de l’offre, découragée par le niveau élevé des prélèvements obligatoires ?

1/ Les arguments d’inspiration classique conduisent à préconiser la baisse des prélèvements obligatoires, tout particulièrement en France


 a) Qu’est-ce qui permet de penser que la baisse des prélèvements obligatoires dynamise l’initiative privée ?

L’économiste américain Laffer a donné son nom à une courbe en forme de cloche, qui illustre l’idée que les prélèvements obligatoires nuisent à la croissance économique au-delà d’un certain seuil. D’après cette courbe, au-delà de 50% de prélèvements, l’augmentation des taux d’imposition entraîne même une baisse des recettes fiscales, en sens inverse de l’effet souhaité, car les revenus amputés ne sont pas assez motivants pour encourager les efforts de production.

Cette thèse dite "des économistes de l’offre" rejoint sur ce point la théorie économique de Schumpeter. Pour Schumpeter, l’origine de la croissance économique est dans le dynamisme des entrepreneurs, donc dans l’incitation qu’ils peuvent avoir à prendre des risques et à faire des efforts. Un haut niveau de prélèvements obligatoires nuit à la croissance économique car il décourage l’initiative privée


 b) En quoi le niveau de prélèvements obligatoires atteint en France écarte notre pays de la norme internationale ?

Les prélèvements obligatoires ont atteint un niveau élevé en France, de l’ordre de 45 % du montant du PIB. Près de la moitié de la richesse créée est ainsi prélevée et redistribuée, contre environ un tiers seulement aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni.

Dans une économie de plus en plus mondialisée, les entreprises multinationales implantent leurs usines en tenant compte du coût du travail et des impôts dans le pays, les épargnants décident d’investir leurs capitaux en fonction notamment de la taxation de l’épargne et du montant des profits reversés aux actionnaires après impôt… Trop de prélèvements obligatoires constituent donc un handicap.


2/ La baisse des prélèvements obligatoires ne peut toutefois pas se poursuivre indéfiniment, d’autant que les résultats de ce type de politiques économiques restent discutables


 a) Pourquoi la baisse des impôts ne peut se poursuivre indéfiniment sans déficit public, ou sans l’abandon de services indispensables ?

Pour baisser les prélèvements obligatoires au-dessous d’un certain seuil, il faut soit diminuer les dépenses publiques, soit accepter un déficit budgétaire de plus en plus important. Or l’accumulation de déficits publics est insoutenable à moyen terme, car elle ne peut qu’entraîner une accélération de l’inflation, et donc perturber gravement les repères fournis par les prix pour le bon fonctionnement de l’économie. Tôt ou tard il faut soit rembourser la dette publique par des prélèvements obligatoires, soit créer de la monnaie.

Si elle est compensée par une baisse des dépenses publiques, la diminution des prélèvements obligatoires ne peut pas non plus se poursuivre indéfiniment. En effet, un niveau minimum de services collectifs comme la justice, l’éducation, l’armée, la police, est nécessaire au bon fonctionnement de l’économie. Or le fonctionnement du marché n’incite pas vraiment à proposer ce genre de services car ils sont "indivisibles" : il est presque impossible de les faire payer directement par ceux qui en bénéficient.


 b) Quels exemples historiques de stimulation de l’offre montrent une efficacité guère supérieure aux politiques de la demande ?

Aux Etats-Unis, le principal effet de la politique de baisse des prélèvements obligatoires menée dans les années 80, sous la présidence de Reagan, n’a pas été une stimulation de l’offre de produits, mais un effet keynésien de stimulation de la demande. Cette politique s’est en effet traduite par un gonflement du déficit extérieur, ce qui prouve que l’offre nationale de produits n’a pas augmenté aussi vite que la demande nationale. Ce scénario s’est répété récemment sous la présidence de G.W. Bush.

En France la hausse des profits des entreprises n’a pas empêché la croissance économique de ralentir au début de la décennie 1990 (avec même -1% de PIB en 1993). La part de la valeur ajoutée consacrée aux profits (taux de marge) était pourtant passée de 24 à 30% entre 1980 et 1995, tandis que la part consacrée aux salaires et aux prélèvements obligatoires avait baissé, ce qui aurait dû dynamiser la croissance du point de vue des "économistes de l’offre".


Conclusion   Face aux chocs pétroliers, qui ont davantage affecté les profits que les salaires et les prélèvements obligatoires, l’offre a peut-être été en partie découragée à la fin des années 1970. Cette situation a posé de manière cruciale la question du niveau des prélèvements obligatoires. Mais plus récemment, c’est le rétablissement de la demande qui a permis le retour de la croissance entre 1997 et 2001, puis a limité les dégâts de la crise de 2008, dans les deux cas grâce à des politiques monétaires accommodantes en Europe et aux Etats-Unis. En fait le choix de diminuer les prélèvements obligatoires doit pouvoir être envisagé selon les circonstances et la situation de chaque pays. En cela il n’est pas indiscutable, même s’il peut souvent être judicieux. Le problème n’est-il pas que cette question est trop souvent abordée avec des a priori idéologiques ?