Les pays en développement gagnent-ils à participer au commerce mondial ?


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Les nouveaux pays industrialisés d’Asie (NPI) , au premier rang desquels les quatre "dragons" (Corée du Sud, Singapour, Hong Kong, Taïwan), ont souvent été présentés comme un modèle à suivre pour les pays en développement (PED). Depuis les années 60, ces NPI participent très largement aux échanges internationaux de marchandises, et le niveau général de bien-être de leur population a beaucoup progressé. Cependant ils ont été secoués par une crise importante à la fin des années 90. En outre, d’autres pays très ouverts au commerce international sont loin d’avoir atteint le même degré de développement, comme la Côte d’Ivoire où les exportations ont pourtant représenté en moyenne près de 40% du PIB, pendant les deux dernières décennies. Est-il certain, par conséquent, que les P.E.D. gagnent toujours à participer au commerce mondial ?

1/ La réussite asiatique a longtemps été citée comme exemple des bienfaits du libre-échange pour les PED


 a) Comment la réussite du commerce asiatique contraste-t-elle avec l’échec des stratégies de développement auto-centrées ?

La croissance économique des pays d’Asie du Sud-Est (les 4 "dragons" d’abord : Hong-Kong, Corée du Sud, Taiwan, Singapour , puis les "bébés-tigres" : Indonésie, Malaisie, Thaïlande...) a souvent atteint des rythmes annuels de l’ordre de 8% depuis le milieu des années 70.

Les pays qui ont mené des stratégies de développement autocentré (priorité donnée à la satisfaction des besoins du marché intérieur par la production intérieure) n’ont pas obtenu les résultats espérés. C’est le cas par exemple de l’Algérie, qui avait donné la priorité au développement de son industrie lourde pour assurer l’indépendance de ses approvisonnements en biens de production.


 b) Quels sont les avantages théorique du libre-échange, illustrés par la réussite asiatique ?

La réussite des pays asiatiques s’explique par les avantages apportés par la taille du marché international (débouchés vastes, économies d’échelle) et par la possibilité d’importer des biens d’équipement destinés à combler le retard technologique, grâce aux revenus tirés des exportations.

Elle illustre la théorie des avantages comparatifs de Ricardo : deux ou plusieurs pays ont toujours intérêt à se spécialiser et à échanger leurs produits, même si l’un est plus productif pour toutes les catégories de produits, et que c’est l’inverse pour un autre... Chacun a intérêt à se spécialiser dans les productions où il bénéficie d’un avantage comparatif, c’est-à-dire d’un écart de productivité avec l’étranger plus favorable que pour les autres produits.


2/ Bien que seules les stratégies de développement extraverties aient réussi, il ne faut pas oublier leurs limites


 a) Quelles fragilités de la réussite asiatique sont apparues au grand jour lors de la crise de 1998 ?

Une fragilité de cette réussite, apparue au grand jour lors de la crise asiatique des années 1998-99, découle de l’endettement nécessaire pour financer l’achat de biens d’équipement. Il est en effet moins coûteux d’acheter des machines modernes à l’étranger que de chercher à "réinventer la roue". Mais la charge annuelle de la dette (remboursements et intérêts des emprunts) payée en dollars peut devenir insupportable lorsque la valeur du dollar augmente trop par rapport aux monnaies locales.

D’autre part la réussite économique asiatique a reposé en partie sur le maintien de systèmes politiques autoritaires, caractérisés par le paternalisme et la quasi-absence de libertés syndicales, ainsi que sur un niveau général de rémunération de la main-d’oeuvre plutôt faible... Au fur et à mesure que la prospérité s’accroît, ces caractéristiques ont tendance à être remises en cause.


 b) Pourquoi le modèle asiatique n’est-il pas purement libre-échangiste, ni facilement transposable partout ailleurs ?

Le développement des pays africains suppose sans doute une transformation de leurs structures sociales et politiques, marquées souvent à la fois par l’absence de démocratie et l’instabilité politique. De plus, de nombreux PED sont pénalisés par les spécialisations héritées de leur passé colonial (exportation de matières premières contre importations de produits manufacturés) . Leur situation illustre plutôt la théorie de List sur les avantages de protéger les industries naissantes (protectionnisme éducateur).

La réussite des « 4 dragons » eux-mêmes n’est pas celle d’un modèle de libre-échange pur. Ils ont longtemps protégé leur marché intérieur en ce qui concerne certains secteurs clés de leur industrie. Par exemple, les droits de douane sur les importations d’automobile à Taïwan s’élevaient encore à 30% en 2001. Le très fort dynamisme de leurs exportations ne signifie donc pas une insertion sans freins dans les échanges mondiaux. Les revenus tirés de leurs exportations leur ont d’abord servi à acheter des biens d’équipements que leurs industries ne produisaient pas.


Conclusion   L’intégration dans le commerce international paraît en définitive le meilleur choix possible pour favoriser le développement d’un pays, puisque les autres stratégies ont donné de moins bons résultats. Mais si cela semble une condition nécessaire pour un développement durable, ce n’est pas une condition suffisante. En particulier, les pays concernés doivent veiller à maintenir leur endettement à des niveaux raisonnables, et ne pas hésiter à adopter des mesures protectionnistes en faveur de leurs industries naissantes, les plus vulnérables à la concurrence. Ils ne doivent pas non plus négliger les évolutions sociales et politiques nécessaires au développement, notamment en ce qui concerne l’éducation. Reste une autre question: en sens inverse, est-ce l’intérêt des pays développés à économie de marché (PDEM) de commercer avec les PED, ou cela détruit-il des emplois chez eux?