Warning: mktime() expects parameter 5 to be long, string given in /public_html/ses/tcoex1718/co.php on line 98

Pour revenir au sommaire des SES, c'est ici...    et pour la version affichant une idée par sous-partie, c'est par là...    (droits réservés)


L’insécurité et la violence urbaine sont devenus des thèmes importants des discours sur la société française, qu’ils soient tenus par des journalistes, des responsables politiques ou des chercheurs. Ces discours mettent souvent en cause le rôle éducatif joué par les familles, qui serait parfois défaillant, dans le cas des parents de jeunes délinquants notamment. Le changement des mentalités en France, à partir des années 60, sur les questions du mariage, du divorce, de la contraception, ou du travail des femmes, a eu en effet des conséquences sur la composition des familles et sur les rôles qu’elles peuvent jouer. Dans quelle mesure ces transformations ont-elle affecté la façon dont les familles contribuent à l’apprentissage des règles sociales, et entretiennent le respect de celles-ci ? Favorisent-elles autant qu’auparavant la cohésion sociale, notamment le sentiment d’appartenance à la société chez les individus ?

1/ L’évolution des structures familiales a en partie modifié la façon dont les familles assument leur fonction de socialisation


 a) Pourquoi la famille joue traditionnellement un rôle majeur dans la socialisation primaire et secondaire des individus ?

Son rôle est essentiel dans la socialisation primaire, c’est-à-dire le premier apprentissage des règles de la vie sociale par les plus jeunes, l’éducation. D’autres instances de socialisation, comme l’école, participent à ce processus, mais le rôle des parents est primordial. Ce sont eux qui peuvent incarner, en tant que personnes, à la fois la satisfaction de certains désirs des enfants et leur frustration par rapport à d’autres désirs. Ceci facilite l’acceptation des contraintes, des limites au désir, que sont les règles sociales.

Mais la fonction de socialisation des familles ne s’arrête pas là : tout au long de la vie, en effet, elles contribuent à encadrer le comportement des individus par des règles. C’est valable non seulement entre parents et enfants par exemple, mais dans les relations entre conjoints. Ces derniers s’imposent mutuellement des contraintes dans la vie quotidienne, et ils relaient notamment, chacun vis-à-vis de son partenaire, les habitudes culturelles des groupes auxquels ils appartiennent. C’est une forme de socialisation secondaire.


 b) A quelles évolutions de la famille le rôle socialisateur joué par celle-ci a-t-il dû s’adapter ?

Le fonctionnement et la composition des familles ont profondément évolué, en France et dans la plupart des pays développés, depuis les années 60. La solennité de l’engagement dans les liens du mariage a décliné, avec un mariage sur trois qui débouche aujourd’hui sur un divorce en moyenne, à comparer avec un sur dix en 1965. Cela a conduit en particulier au développement du nombre d’enfants vivant avec un seul adulte, autrement dit dans une famille monoparentale : un mineur sur huit actuellement.

Ces évolutions ont pu être accusées d’être un facteur d’affaiblissement de la fonction de socialisation tenue par les familles. L’instabilité de l’entourage familial rend moins cohérent le système de contraintes qui s’exercent sur les individus, notamment les plus jeunes. Le manque de solidarité des divorcés par rapport aux décisions que chacun prend pour l’éducation des enfants, assez fréquent compte tenu de l’enjeu affectif que les petits représentent, peut aussi déboucher sur un affaiblissement de leur autorité.


2/ Cependant non seulement l’importance de la famille ne décline pas, mais les difficultés économiques ont plutôt renforcé son rôle intégrateur


 a) Pourquoi la crise du mariage fait-elle plutôt apparaître l’importance de la famille, dont se développent de nouvelles formes ?

La diminution du nombre des mariages et l’augmentation du nombre des divorces ont sans doute traduit le déclin relatif du mariage, au cours des années 70 et 80 principalement, mais cela ne signifie pas un déclin de la famille et de ses fonctions. Le mode de vie célibataire ne s’est pas généralisé. La garde des enfants au quotidien se fait peut-être un peu plus souvent par des professionnels, mais elle reste principalement l’affaire des parents, y compris dans les familles monoparentales ou recomposées.

On peut même défendre l’idée que les nouvelles formes de famille présentent quelques avantages pour la socialisation des jeunes qui en sont issus. Dans les familles recomposées, où les enfants vivent avec le nouveau conjoint de leur père ou de leur mère, parfois avec des demi-frères, des beaux-frères, des demi-sœurs ou des belles-sœurs, les jeunes sont confrontés plus tôt à des façons d’agir ou de penser différentes, et peuvent en retirer une certaine forme d’ouverture d’esprit utile à leur insertion dans la société.


 b) En quoi la famille apparaît-elle aujourd’hui comme le dernier rempart contre l’exclusion sociale ?

Dans un environnement marqué par un niveau élevé de chômage, la famille apparaît comme une protection plus importante que jamais contre l’exclusion sociale. Les études menées sur les « sans domiciles fixes » (SDF) montrent que ce sont souvent des personnes en rupture à la fois de liens professionnels et de liens familiaux. La famille protège de la marginalité sociale non seulement par l’aide matérielle qu’elle peut apporter, mais aussi par le soutien moral et le cadre réglé qu’elle offre à ses membres.

Face aux difficultés qui affectent l’intégration par le travail, c’est-à-dire la forme de solidarité organique décrite par Durkheim, la cohésion sociale repose d’autant plus sur le rôle intégrateur des familles que l’Etat-providence est également en crise. La priorité donnée à la baisse des prélèvements, dans un contexte de croissance économique plus faible que pendant les 30 glorieuses, réduit les possibilités d’intervention de l’Etat dans les domaines qui favorisent la cohésion sociale, comme l’éducation ou la sécurité sociale.


Conclusion   L’importance de la fonction de socialisation exercée des familles n’a donc pas diminué, et se serait même plutôt renforcée, malgré la transformation des formes de la famille avec le déclin relatif du mariage. La crise d’autres instances d’intégration comme les églises ou l’Etat est peut-être plus profonde que celle de la famille. Cela pose d’ailleurs d’autres questions, car si les services de l’Etat comme l’enseignement public ne jouent pas un rôle de socialisation capable de rivaliser avec celui des familles, l’inégalité des chances risque de s’accroître à cause des différences de capital social et culturel entre les familles.