A quel point le chômage est-il un facteur d'exclusion ?


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Le taux de chômage français est de l’ordre de 9,5% en 2018, ce qui signifie que les chômeurs représentent environ 9,5% de la population active en France. Depuis la fin des Trente Glorieuses, au milieu des années 70, le chômage a nettement augmenté à cause du ralentissement de la croissance : les taux de croissance du PIB sont certes restés positifs, mais leur niveau moyen est passé d’environ 5% à l’époque à aujourd’hui à peine plus de 1%. Cela conduit à envisager le chômage comme un problème surtout économique, dont la solution nécessiterait d’abord trouver les moyens d’accélérer la croissance. Mais le chômage n’est-il pas avant tout un problème social ? Le travail, c’est-à-dire la participation à l’activité productive en échange de revenus, n’est-ce pas ce qui peut rendre les individus solidaires, autrement dit ce qui assure la cohésion sociale ? Le problème posé par le chômage aujourd’hui, n’est-ce pas ainsi qu’il fragiliserait les liens sociaux, ce qui pourrait justifier d’y chercher des réponses ailleurs que dans le domaine économique ?

1/ Le travail conduit les individus à coopérer et à se situer les uns par rapport aux autres


 a) Quel rôle joue la division du travail comme facteur de solidarité sociale dans la théorie de Durkheim ?

La "solidarité mécanique", au sens que Durkheim donne à cette expression, n’est pas adaptée aux sociétés nombreuses. C’est la forme de lien social qui découle d’une faible autonomie des consciences individuelles par rapport à la conscience collective. Dans une secte ou une unité militaire, tous les individus sont solidaires car ils ont les mêmes pensées, ils vivent en permanence par le groupe et pour le groupe.

L’autre forme de solidarité décrite par Durkheim, la "solidarité organique", permet de tirer parti des avantages de la spécialisation des individus, possible dans les sociétés nombreuses. Dans ce cas le lien social repose sur l’interdépendance de chaque membre de la société. Cela rend solidaires des individus qui peuvent par ailleurs avoir des façons d’agir ou de penser en partie différentes.


 b) Comment l’identité professionnelle et les revenus tirés du travail contribuent-ils à l’intégration des individus ?

L’identité professionnelle définit pour une part importante ce qui caractérise chacun aux yeux des autres, et ce qui lui permet donc de s’insérer dans le tissu des relations sociales. On "est" boulanger, chercheur, enseignant, chef d’entreprise, agriculteur, ouvrier, employé... Les individus sont reconnus socialement en fonction de leur profession.

En outre, les revenus du travail donnent accès à la consommation. Or il existe des règles en la matière, qu’on peut appeler les "normes de consommation". Ceux qui ne parviennent pas à les suivre, par manque de revenus faute d’emploi, peuvent ainsi se retrouver rejetés aux marges de la société. Il est plus difficile d’inviter un ami à la maison lorsque l’électricité est coupée et qu’on n’a pas l’eau chaude.


2/ Malgré les conséquences négatives de la montée du chômage, le travail reste en tête des facteurs de la cohésion sociale


 a) Pourquoi la montée du chômage constitue-t-elle une menace pour la solidarité sociale ?

Le problème posé par la montée du chômage, du point de vue de la cohésion sociale, est à la hauteur du rôle essentiel que joue le travail dans les mécanismes de solidarité. Le chômage de masse est ainsi un facteur d’anomie, au sens où de nombreux individus risquent de perdre à cause de lui les habitudes de comportement, les règles de vie en société, qui permettent d’assurer l’intégration de chacun.

A l’échelle de chaque personne, cela se traduit par un phénomène d’exclusion : un sentiment de perte d’identité, l’impression d’être inutile. Mais cela conduit aussi à des désordres à plus grande échelle : en dévaluant les règles sociales, l’anomie favorise la multiplication des comportements de transgression, avec le développement de phénomènes de délinquance particulièrement visibles dans les quartiers les plus touchés par le chômage. Le chômage de masse peut même alimenter des formes de conflits sociaux, comme l’ont montré les émeutes de l’automne 2005 en France.


 b) Pourquoi le travail reste-t-il le principal pilier de l’intégration sociale ?

Il est vrai que l’entourage familial et amical joue aussi un rôle important qui évite souvent l’exclusion des chômeurs de longue durée.

Cependant "la fin du travail" (titre d’un ouvrage de Dominique Méda paru dans les dernières années du XXème siècle) n’est pas pour demain. En tant que principal facteur d’intégration, le travail rémunéré ne se laisse pas facilement remplacer par les autres formes "d’activité" que sont le bénévolat associatif, ou les services à la famille... Car l’échange marchand est une forme très efficace de coordination des activités de production : lorque la productivité d’un individu augmente, il préfère presque toujours en tirer des revenus supplémentaires, plutôt que le moyen de se libérer du temps pour des activités non marchandes.


Conclusion   C’est toujours le travail, essentiellement, qui assure la cohésion sociale dans notre société, et c’est d’ailleurs ce qui rend le niveau du chômage préoccupant. Le risque d’anomie existe dans une partie de la société française, dont les membres ont du mal à suivre les règles communes, à s’identifier une conscience collective, parce qu’ils ne participent pas à la vie sociale professionnelle et n’en tirent pas les revenus nécessaires pour suivre les normes de consommation. Face à ce problème, il n’est donc pas certain que la solution relève principalement de la science économique. Peut-on espérer faire disparaître le chômage grâce à des interventions dans le fonctionnement de l’économie, comme par exemple des tentatives de stimulation de la demande ? Ne doit-on pas plutôt trouver le moyen de renforcer les facteurs de cohésion sociale autres que le travail, comme le préconise Dominique Méda dans son ouvrage « La Fin du Travail » ?