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La cohésion sociale, c’est le fait que les individus coexistent à l’intérieur d’une société, avec entre eux le minimum de conflits, grâce aux liens sociaux qu’ils entretiennent. Les liens sociaux sont des occasions de contacts entre individus, qui créent des contraintes sur leur comportement, en même temps qu’elles leur donnent le sentiment d’appartenir à un ou plusieurs groupes. Parmi les origines possibles du lien social, l’action de l’Etat peut paraître importante. L’école, la protection sociale, toutes les mesures par lesquelles l’Etat cherche à assurer non seulement la sécurité, mais aussi le bien-être de la population, font partie de ce qu’on appelle l’Etat-providence. Dans quelle mesure celui-ci contribue-t-il à assurer la cohésion sociale ? Ce rôle n’a-t-il pas décliné en France aujourd’hui ?

1/ L’Ecole et les prestations sociales sont d’importants instruments d’intégration au service de l’Etat


 a) Pourquoi l’enseignement public obligatoire a-t-il d’abord été conçu pour assurer la cohésion nationale ?

Lorsque le ministre Jules Ferry a créé l’école publique gratuite et obligatoire en France, par les lois scolaires de 1881 et de 1882, il s’agissait de consolider la IIIe République, en place depuis 1875, afin de lui permettre de durer à la différence des expériences de la Révolution française (1789-1795) et de la IIe République (1848-1851). L’objectif était de donner aux jeunes français une identité collective indépendante de la personne d’un roi ou d’un empereur, en leur inculquant une culture commune, autrement dit des façons de penser et d’agir semblables. Ainsi les programmes de l’enseignement obligatoire étaient définis nationalement, et le sont toujours.

Le but premier de l’enseignement public a donc été un objectif d’intégration. Pour l’atteindre, l’école de la IIIe République visait notamment l’assimilation des individus, elle cherchait à estomper les différences individuelles liées à leurs origines familiales différentes, à la pratique de langues régionales ou au port de signes religieux. C’est en partie pour renforcer son rôle intégrateur, également, qu’on lui a donné pour mission de réduire les inégalités. Elle devait effacer les barrières sociales caractéristiques de l’ancien régime, en traitant également tous les futurs citoyens et en favorisant un accès égal aux connaissances.


 b) Comment les prestations sociales limitent-elles les risques d’exclusion ou de violences ?

L’Etat et les administrations publiques, comme les caisses de sécurité sociale, jouent un rôle de redistribution d’une partie de la richesse créée. Les impôts ou les cotisations sociales, autrement dit les prélèvements obligatoires, servent ainsi à financer des services publics, comme l’école, mais aussi des revenus de transferts, comme le revenu de solidarité active, les remboursements de soins médicaux, ou encore les pensions de retraite. Cet accès à des services gratuits ou à un minimum de revenus permet aux individus de suivre les normes de consommation les plus impératives, par exemple pour l’habillement, ce qui réduit les risques d’exclusion sociale.

L’action de l’Etat-Providence va ainsi au-delà de l’application du principe de l’égalité en droit, affirmé par la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Elle réduit les inégalités économiques et sociales dans les faits, notamment en ce qui concerne les revenus. Or la réduction des écarts de conditions de vie les plus choquants entre les membres de la société est un facteur de cohésion sociale. Cela limite les risques de révoltes individuelles ou collectives. En effet, lorsqu’une partie de la population n’a pas les moyens de vivre normalement, le respect des règles a tendance à reculer : c’est une situation d’anomie au sens de Robert Merton.


2/ Malgré la crise de l’Etat providence, celui-ci contribue toujours très largement à la cohésion de la société française


 a) Pourquoi l’Etat-Providence est-il fragilisé, à la fois budgétairement et du point de vue de sa légitimité ?

Le rôle intégrateur joué par l’Etat-providence est menacé par les difficultés actuelles de son financement. L’allongement rapide de l’espérance de vie, au rythme d’un trimestre par an, ainsi que l’arrivée à l’âge de la retraite des générations nombreuses issues du baby-boom, entraînent une augmentation rapide des dépenses de retraites. Ces dépenses atteignent déjà environ 14% du PIB en France. Les dépenses de santé, qui représentent 11% du PIB, ont aussi tendance à croître fortement. Or un taux de prélèvements obligatoires trop haut est jugé défavorable à l’iniative privée, donc à la croissance économique. Celui de la France, 45%, dépasse de nombreux pays.

A cette crise financière s’ajoute une crise de légitimité. Il est apparu que l’action de l’Etat-providence ne permet pas toujours une véritable réduction des inégalités. En matière d’assurance-maladie par exemple, les cotisations des catégories les moins favorisées paient une partie de la consommation des cadres, qui ont tendance à consulter beaucoup plus souvent les médecins. Au sujet de l’enseignement public obligatoire, qui constitue le premier poste de dépenses de l’Etat et qui mobilise aussi une partie des ressources des collectivités locales, les travaux de Bourdieu ont montré qu’il pouvait difficilement réduire l’inégalité des chances.


 b) Pourquoi les difficultés de l’intégration par le travail donne une importance particulière au rôle actuel de l’Etat-Providence ?

Cependant la principale menace sur la cohésion sociale, dans la société française, est sans doute le niveau élevé du chômage. Celui-ci remet en cause l’intégration par le travail, qui est au cœur des mécanismes d’intégration des individus dans les sociétés nombreuses, à solidarité organique, selon Emile Durkheim. Avec un taux de chômage de 10,5% de la population active en 2014, et une proportion de chômeurs bien supérieure dans certaines catégories de populations, selon les types de qualifications, l’origine ethnique, les quartiers ou les régions, les risques de relâchement ou de rupture des liens sociaux concernent de nombreuses personnes.

Face à ces risques liés à la situation délicate du marché du travail, l’Etat conserve un rôle important de protection des individus contre l’exclusion. L’allongement de la durée des études, grâce à l’augmentation des effectifs accueillis dans l’enseignement supérieur public, a répondu à la demande de qualifications plus élevées sur le marché du travail, et absorbé un excédent potentiel de demandeurs d’emplois. L’indemnisation du chômage, le revenu de solidarité active (RSA), et les autres revenus de transferts, permettent à de nombreux chômeurs de vivre sans trop s’écarter des normes de consommation les plus élémentaires.


Conclusion   L’Etat providence a incontestablement contribué à assurer la cohésion sociale en France pendant de nombreuses années, et il continue à le faire aujourd’hui, malgré la crise de légitimité et les difficultés financières qu’il traverse. Ce rôle est même devenu d’autant plus important que le chômage a en partie remis en cause les mécanismes d’intégration par le travail. Le bilan est donc difficile à établir entre les inconvénients économiques des prélèvements obligatoires et les avantages de l’Etat providence pour la cohésion sociale. Cependant, même d’un point de vue strictement économique, il n’est pas sûr que l’objectif de baisse des prélèvements obligatoires soient véritablement indiscutable.