Dans quelle mesure la recherche de l'équité suppose-t-elle de lutter contre les inégalités ?


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Lorsque des différences entre individus sont à l’avantage des uns et au détriment des autres, il s’agit d’inégalités. Celles-ci découlent de l’existence de hiérarchies sociales où chacun occupe une position plus ou moins élevée : principalement les hiérarchies du revenu, du prestige, et du pouvoir d’après Max Weber, la troisième dépendant d’ailleurs largement des deux premières. Ces inégalités constituent-elles forcément une injustice ? Pour que la société fonctionne avec équité, c’est-à-dire de la manière la plus juste possible, faut-il toujours lutter contre ? Ou est-il possible de considérer que les inégalités sont parfois justifiées ? Pour répondre à cette question, il faut d’abord se donner une définition assez précise de la justice, autrement dit de l’équité. John Rawls a proposé de considérer comme justes les principes de fonctionnement de la société que choisirait une personne dans la situation du "voile d’ignorance", c’est-à-dire sans savoir à l’avance quelle place elle va occuper. A partir de ce critère, ne peut-on pas trouver de bonnes raisons au maintien de certaines inégalités ?

1/ L’égalitarisme apparaît incompatible avec l’efficacité économique et les libertés individuelles


 a) Comment le système soviétique a-t-il réussi à conjuguer inefficacité économique et absence de liberté ?

La recherche de l’égalité maximale des revenus de tous les membres de la société enlève à chaque individu l’espoir d’améliorer son sort personnel, et donc la motivation d’essayer de fournir un effort particulier pour produire. Cela nuit grandement à la productivité du travail, donc au niveau de revenu qui peut ensuite être distribué en parts égales.

Sans motivation créée par l’appât du gain supplémentaire, il devient d’autant plus nécessaire de recourir à des méthodes autoritaires pour que chaque membre de la société accomplisse sa part de la tâche collective de production. L’égalitarisme conduit donc aussi à une remise en cause des libertés individuelles.


 b) Comment Tocqueville a-t-il théorisé dès 1840 l’incompatibilité entre égalitarisme et liberté ?

A l’appui de sa critique du système soviétique, Raymond Aron a multiplié les références, dans les années 1960, aux analyses de Tocqueville dans "la démocratie en Amérique", qui date de 1840. Tocqueville considère que la tendance à l’égalisation des conditions, dont il fait d’ailleurs sa définition de la démocratie, risque d’atténuer l’esprit d’indépendance des individus. Assurés d’un minimum de bien-être et d’un statut semblable à leurs voisins, ces derniers renonceraient progressivement à affirmer leur liberté.

Non seulement cela ferait d’eux les victimes d’une forme de despotisme doux, mais cela pourrait faciliter l’arrivée au pouvoir d’un véritable tyran, puisque la capacité de chacun à défendre sa liberté finirait par se trouver considérablement affaiblie.


2/ Mais certaines inégalités seulement sont justifiables, comme l’a montré John Rawls


 a) Pourquoi les inégalités se traduisent-elles par des situations de domination et de violence ?

Les inégalités de revenus ou de prestige se traduisent toujours par des relations de pouvoir. Avoir un revenu plus élevé qu’une autre personne, c’est pouvoir obtenir le travail de celle-ci en échange d’une quantité beaucoup plus faible de son propre travail. Avoir plus de prestige, c’est être capable d’influencer davantage la pensée et les actes d’autrui. De ce point de vue, le maintien d’inégalités de salaires entre les hommes et les femmes, ou entre les français et les étrangers, ne peut pas être justifié par la défense de la liberté, au contraire. <

Les relations de domination favorisent les conflits, qui sont des tentatives pour modifier les rapports de force. Davantage d’inégalités, cela signifie donc en principe plus de violence. L’exemple de la société américaine, où 1 personne sur 6 gagne moins de la moitié du revenu médian (ce qui correspond à la définition de la pauvreté dite « relative »), et où le degré élevé de criminalité se traduit par un taux d’emprisonnement 8 fois plus élevé qu’en France, illustre cette idée.


 b) A quelles conditions la théorie de Rawls justifie-t-elle certaines inégalités ?

Pour Rawls, seules sont donc justifiées les inégalités qui permettent aux membres les moins favorisés de la société d’avoir une situation meilleure que dans un système égalitaire (par exemple si la compétition, où les moins favorisés sont en fait les perdants, rend les autres individus particulièrement productifs, de sorte qu’une partie de leurs revenus peut être prélevée pour être redistribuée sous forme d’un revenu minimum supérieur au revenu identique de tous dans une société égalitaire)

Pour être justifiables selon Rawls, les inégalités économiques et sociales doivent en outre être compatibles avec une stricte égalité des chances de chacun d’accéder aux positions les plus avantageuses, et avec la garantie d’un niveau égal de libertés individuelles pour tous.


Conclusion   Toutes les inégalités ne sont donc pas tolérables au nom de la liberté, même si la recherche de l’égalité absolue des conditions débouche sur le totalitarisme. Mais il n’est pas aisé de distinguer précisément les inégalités acceptables, parce qu’elles serviraient malgré tout l’intérêt des plus défavorisés, de celles qui ne le seraient pas. Par exemple, l’inégalité devant l’emploi ou le chômage fait-elle partie des inégalités justifiables ?