LA POLITIQUE FRANCAISE DE DESINFLATION COMPETITIVE A-T-ELLE ATTEINT SES OBJECTIFS ?

LA POLITIQUE FRANCAISE DE DESINFLATION COMPETITIVE A-T-ELLE ATTEINT SES OBJECTIFS ?

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Intro - La politique économique de désinflation compétitive menée en France à partir de 1983 a fait l'objet de critiques parfois vives. Appliquée pendant une quinzaine d'années, jusqu’à la mise en place de l’euro, cette stratégie économique vise à réduire prioritairement l'inflation pour améliorer la compétitivité des produits nationaux, et à long terme l'emploi. Elle a récemment été appliquée à nouveau par l'Allemagne. A-t-elle porté ses fruits sur le long terme? Le freinage de la demande intérieure, par la lutte contre les déficits publics et le maintien de taux d'intérêts élevés en France dans le dernier quart du XXème siècle, ont-ils permis d'atteindre les objectifs de baisse de l'inflation, de rétablissement de l'équilibre extérieur, et d'amélioration de l'emploi, qui étaient visés ?

 

I.- Conçue pour sortir l'économie française de la stagflation, la stratégie de désinflation compétitive a réussi dans la lutte contre l'inflation et le déficit extérieur

 

A) La stratégie de désinflation compétitive a été définie en réponse à la stagflation

 

1. Le début de l'application de la politique de désinflation compétitive peut être situé en 1983, au moment du "tournant de la rigueur" pris par le gouvernement socialiste de M. Mauroy. Face à la dégradation de la balance commerciale (-100 milliards de francs en 1982), au niveau élevé de l'inflation (12%) et du nombre de chômeurs (il passe la barre des 2 millions en 1982), le choix a été fait de donner la priorité à la lutte contre l'inflation.

 

2. Dans le contexte de stagflation de 1982 en effet, il était devenu difficilement justifiable de maintenir une stratégie de relance budgétaire inflationniste, alors même que dans les années précédentes l'accélération de l'inflation n'avait pas empêché la progression du chômage. Au contraire, la politique de désinflation était censée pouvoir améliorer l'emploi à long terme en améliorant la compétitivité des produits nationaux.

 

B) Cette stratégie a permis d'atteindre les objectifs d'inflation faible et d'excédent extérieur

 

1. Le niveau d'inflation est passé de 12% en 1982 à moins de 6% en 1985 et moins de 3% en 1986. Depuis, il n'a pas dépassé 3% : il est même passé sous la barre des 2% à plusieurs reprises, par exemple en 1997 (1,5%).

 

2. La compétitivité des produits français s'est effectivement améliorée. Le solde négatif de la balance commerciale a été divisé par 2 entre 1982 et 1983 (respectivement -93 milliards de francs et -43 milliards). Malgré une rechute à la fin des années 80 (-50 milliards en 1990 alors que l'équilibre avait été atteint en 1986), et un retour à des déficits extérieurs en France depuis 2005 (en partie provoqués par la désinflation compétitive allemande), le solde extérieur français a été la plupart du temps positif, notamment entre 1992 et 2003.

 

 

II.-Toutefois la faiblesse persistante de la demande n'a pas permis d'observer les effets positifs attendus à long terme sur l'emploi

 

A) Les arguments quant à l'effet favorable à long terme de la désinflation compétitive sur l'emploi ne se sont pas vérifiés

 

1. La restauration de la compétitivité des produits français n'a pas fait baisser le chômage. Après 15 ans de désinflation compétitive, il a même atteint un maximum historique en 1997 avec un taux de l'ordre de 12%, et le taux actuel de 8%, 10 ans plus tard encore, reste élevé par rapport à celui de pays comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou le Danemark.

 

2. La hausse des profits grâce au freinage de la hausse des salaires n'a pas non plus diminué le chômage contrairement au "théorème" de l'ex-chancelier Helmut Schmidt : "les profits d'aujourd'hui sont les investissements de demain qui sont les emplois d'après-demain".

 

B) Cela s'explique par l'effet négatif de la désinflation compétitive sur la demande intérieure

 

1. La rigueur budgétaire (limitation des déficits publics) et monétaire (taux d'intérêt réels plus élevés qu'au début des années 80) a freiné la demande intérieure. Ce freinage de la demande intérieure a plus que compensé l'effet positif pour la croissance et l'emploi de l'augmentation des exportations (demande étrangère).

 

2. L'augmentation des profits n'a pas incité les entreprises à investir, compte tenu des faibles perspectives de croissance et du niveau élevé des taux d'intérêt fixés pour maintenir la valeur du Franc par rapport au Mark allemand au début des années 90.

 

Concl :  Les objectifs intermédiaires de la stratégie de désinflation compétitive, c'est-à-dire la stabilité des prix et l'équilibre extérieur, ont donc été atteints. Mais ce n'est pas le cas de l'objectif de diminution du chômage, qui a souvent été présenté comme l'objectif final de cette politique. De toute façon, la création de l’Euro a diminué l’intérêt de la politique de désinflation compétitive. Il faut certes continuer à lutter contre la hausse des prix au niveau national puisqu'aucune dévaluation ne peut plus permettre de rétablir la compétitivité d'un pays européen par rapport aux autres. Mais la valeur de la monnaie européenne par rapport au dollar n'est pas un objectif aussi crucial que la valeur du franc l’a été, par rapport au mark allemand. Car la zone euro commerce beaucoup moins avec l'extérieur que les pays européens entre eux.