LE DEVELOPPEMENT EST-IL UNE CONSEQUENCE DE LA CROISSANCE ?

LE DEVELOPPEMENT EST-IL UNE CONSEQUENCE DE LA CROISSANCE ?

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Intro - L’augmentation moyenne du PIB brésilien a atteint 7% par an entre 1960 et 1980, ce qui est très rapide par rapport au taux de croissance annuel moyen de la France depuis 1970, de l’ordre de 2% en moyenne. Pourtant plus de 10 millions de brésiliens sont aujourd'hui encore analphabètes et mal nourris, et dans les zones urbaines un tiers des habitants s’entassent dans des bidonvilles. Dans ces conditions, est-il possible d’affirmer, de manière générale, que le développement découle de la croissance ? Le développement d’un pays peut en effet se définir comme l’amélioration de son aptitude à satisfaire les besoins fondamentaux de sa population, grâce à des transformations économiques et sociales qui rendent possible, et accompagnent, la croissance économique sur une longue période. Le cas du Brésil incite clairement à s’interroger sur  l’idée que le développement serait une conséquence de la croissance.

 

I. – Bien qu’elle n’ait pas que des effets positifs, la croissance est une condition nécessaire au développement

 

A) Certaines conséquences de la croissance économique peuvent nuire à un développement durable

 

1. L’augmentation de la production peut conduire à un usage excessif des ressources naturelles. Si pour favoriser la croissance les gouvernements hésitent à freiner suffisamment le rejet de gaz polluants dans l’atmosphère, ou si l’humanité épuise les énergies non renouvelables, comme le pétrole, sans se donner les moyens de trouver des solutions de remplacement, le développement constaté aujourd’hui n’est sans doute pas un développement durable. Les besoins de la population actuelle sont peut-être satisfaits, mais d’une manière qui compromet la capacité des générations futures à satisfaire les leurs. Le concept de « développement durable » a été inventé par la commission « environnement et développement » de l’Organisation des Nations Unies en 1987, et il a depuis inspiré les travaux des chefs d’Etat réunis lors des "Sommets de la Terre" à Rio en 1992, et à Johannesburg en 2002. Mais dès 1972 un ouvrage consacré à ce sujet, intitulé « Halte à la croissance », avait fait beaucoup parler de lui.

 

2. Un autre effet négatif possible de la croissance économique vient de ce qu’elle est alimentée notamment par des changements dans l’organisation de la production. Si ces évolutions sont trop rapides, elles risquent de marginaliser les individus qui ne sont pas capables de s’y adapter, à cause d’un manque de qualification par exemple. Selon ce point de vue, la croissance peut parfois être accusée de multiplier le nombre de pauvres ou d’exclus. Les besoins vitaux de ces personnes seraient plutôt moins biens satisfaits qu’auparavant.

 

B) Mais sans croissance le développement est tout simplement impossible

 

1. Par définition, la production est ce qui sert à satisfaire les besoins, grâce aux biens et aux services qu’elle crée. L’augmentation durable de la production d’un pays est donc nécessaire pour lui permettre de subvenir aux besoins fondamentaux de sa population, lorsqu’il n’a pas encore les moyens de le faire correctement. En outre, parmi les transformations économiques et sociales qui caractérisent le développement, l’amélioration du niveau d’instruction et l’allongement de l’espérance de vie sont sans doute les plus importantes : c’est ce que montre leur choix comme critères de définition de « l’indicateur de développement humain » (IDH).  Or il est impossible de donner un bon niveau général de formation ou de soins à une population sans consacrer à ces activités des montants importants de ressources, qui ne peuvent être tirées que de la production.

 

2. Il faut noter à ce propos que le rythme de croissance économique doit même être supérieur à la croissance démographique pour que le développement soit possible. En effet, ce qui permet de donner à chaque citoyen les moyens de mieux satisfaire ses besoins vitaux, ainsi qu’une formation et des soins plus efficaces, c’est l’augmentation de la production moyenne par habitant. Si l’accroissement de la population est plus rapide que celui de la production, le PIB par habitant diminue au contraire.

 

II. – Ce n’est cependant pas une condition suffisante, au point que le développement apparaît d’ailleurs autant comme une cause que comme une conséquence de la croissance

 

A) D’autres facteurs influencent le développement au moins autant que la croissance

 

1. Les normes et les valeurs, autrement dit la culture des populations concernées, jouent un rôle essentiel dans les mécanismes du développement. Compte tenu de l’importance du rapport entre croissance économique et croissance démographique notamment, la difficulté plus ou moins grande de la population à admettre l’utilisation des moyens de contraception influence la capacité d’un pays à améliorer la satisfaction des besoins et le niveau d’instruction. Il est vrai que l’éducation agit en retour sur ces comportements, puisque le nombre d’enfants par femme a tendance à diminuer au fur et à mesure qu’augmentent les années d’études. Mais d’autres exemples montrent l’importance des facteurs culturels. Le mépris de l’affichage des richesses en Asie a plutôt favorisé l’épargne, et donc l’investissement, dans les « nouveaux pays industrialisés » (NPI) de cette région. De même, l’importance accordée par les valeurs asiatiques au respect de l’autorité et de la parole donnée y a sans doute encouragé les échanges économiques.

 

2. Le développement subit aussi l’influence de facteurs liés à l’organisation politique des pays. Un haut niveau de corruption, en général associé à l’absence de démocratie, fausse les mécanismes de la concurrence. Le bon fonctionnement du marché suppose que les Etats fassent respecter des règles du jeu claires. Le niveau plus ou moins élevé des inégalités, qui dépend aussi du rôle joué par l’Etat,  a également des conséquences très importantes sur le développement. Si la richesse nationale est concentrée entre les mains d’une minorité, l’absence de marché intérieur empêche les entreprises nationales de prospérer. D’après la théorie de la « demande représentative » de Linder, une entreprise doit pouvoir vendre suffisamment dans son pays pour être compétitive à l’exportation.

 

B) La croissance économique apparaît elle-même influencée par le développement

 

1. L’amélioration du niveau général d’éducation et de formation fait partie des changements sociaux les plus caractéristiques du développement. A travers la prise en compte du taux d’alphabétisation et du nombre moyen d’années d’études, le niveau scolaire de la population compte en tout pour un tiers dans le calcul de l’IDH. Or une population mieux formée a une meilleure productivité du travail, car elle est plus qualifiée. Cela favorise l’augmentation de la production. De même, l’état de santé des habitants, qui contribue aussi pour un tiers à l’IDH, influence la croissance économique. Une population mieux soignée et mieux nourrie est plus productive.

 

2. En outre, les évolutions culturelles ou politiques qui contribuent au développement agissent directement sur la croissance économique. Le haut niveau d’épargne et d’investissement lié aux valeurs asiatiques, par exemple, a stimulé la croissance car les achats de biens d’équipement ont rendu possible une mécanisation poussée des tâches, favorable à la productivité du travail. Le sociologue Max Weber a même expliqué le développement du capitalisme par l’apparition de la religion protestante au XVIe siècle, car celle-ci valorise la richesse et critique la consommation : elle encouragerait donc l’investissement ( « L’Ethique protestante»).

 

Concl :  La croissance et le développement sont deux phénomènes distincts mais intimement liés. Vu la façon dont ils intéragissent, il serait vain, comme dans l’exemple de l’œuf et de la poule, de chercher à savoir lequel est indispensable à l’autre. Cependant l’augmentation de la production à tout prix n’a pas seulement des effets positifs pour le développement, en particulier si on raisonne en termes de développement durable. Et malgré son importance, elle n’est pas non plus le seul facteur nécessaire au développement d’un pays. Cela rend complexe la définition des choix politiques qui peuvent permettre à un pays de progresser sur la voie du développement.