Quelles relations peut-on faire entre le ralentissement économique et la tertiarisation ?

Quelles relations peut-on faire entre le ralentissement économique et la tertiarisation ?

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Intro -  Le ralentissement durable de la croissance économique depuis le milieu des années 70 a eu de telles conséquences, notamment sociales avec le développement du chômage, que ses causes ont fait l'objet de nombreuses analyses. Parmi les explications qui ont été avancées, il a notamment été question de l'évolution de la structure productive, c'est-à-dire des modifications qui sont intervenues dans l'organisation de la production à l'échelle de l'ensemble de l'économie. En particulier, la répartition entre les différents types d'activité de production a profondément changé, compte tenu du phénomène de la tertiarisation. La tertiarisation peut se définir comme l'accroissement de la part du secteur tertiaire dans le total des activités de production : cette part représentait environ un tiers de la population active en 1945 et elle atteint près des trois quarts aujourd'hui. Le secteur tertiaire a été défini en 1940 par Colin Clark comme l'ensemble des activités ne concernant ni l'exploitation des ressources naturelles (secteur primaire), ni la transformation des matières premières (secteur secondaire) : il s'agit principalement des services (banque, transports, ...).

Quelles relations peut-on établir entre le ralentissement économique et le phénomène de tertiarisation ?

 

I.- L'accroissement de la part du secteur tertiaire peut être envisagée comme un facteur du ralentissement économique 

 

A) Le phénomène de tertiarisation a été contemporain du ralentissement de la croissance

 

1. Le phénomène de tertiarisation a été très net depuis 1970 : la part du secteur tertiaire, qui augmentait lentement en France depuis le début du XIX° (15%), représentait la moitié des actifs en 1970 et a dépassé les trois quarts au cours de la décennie 2000, alors que la part de l'industrie a atteint un maximum historique de 40% en 1970 pour redescendre à 20% environ aujourd'hui.

 

2. Ce phénomène correspond dans le temps à celui du ralentissement de la croissance, passée d'un rythme moyen de 5% entre 1950 et 1975 à un rythme moyen de 2% ensuite.

 

B) Cette correspondance dans le temps peut s'expliquer autrement que par un effet du hasard

 

1. Il y a eu une certaine saturation de la demande en biens produits par l'industrie (phénomène qui avait affecté auparavant l'agriculture). L'automobile, les biens électroménagers, sont devenus des marchés de renouvellement. La demande s'est donc davantage portée sur les services.

 

2. Or les gains de productivité peuvent sembler plus difficiles dans le tertiaire que dans l'industrie, dans la mesure où par définition les services ne sont pas stockables et où la production s'effectue souvent au contact même du consommateur. Cela éloigne la possibilité d'une extrême division des tâches de production sur le modèle taylorien.

 

II.- Toutefois ce lien de cause à effet est contestable, au point que la relation semble pouvoir être envisagée plutôt en sens inverse

 

A) Il n'est pas clair que la tertiarisation soit nuisible aux progrès de la productivité et à la croissance économique en général

 

1. L'utilisation de l'informatique a permis des gains de productivité importants dans le secteur des services, en limitant notamment le temps pris par les tâches administratives d'information et de communication. Cette évolution, qui a été très nette dans les activités bancaires par exemple, se poursuit.

 

2. Compte tenu de la saturation de la demande en biens d'équipement évoquée plus haut, la production de services a apporté une contribution de plus en plus forte à la valeur ajoutée, donc à la croissance économique. Elle aurait donc plutôt limité l'ampleur du ralentissement.

 

B) La simultanéité de la tertiarisation et du ralentissement s'explique peut-être davantage par la relation de cause à effet inverse

 

1. Le tertiaire a sans doute joué le rôle d'une "éponge" face aux suppressions d'emplois liées aux gains de productivité des deux autres secteurs, dans un contexte de faible accroissement de la production.

 

2. De plus, le ralentissement économique a aiguisé la concurrence entre les entreprises, ce qui les a poussées à se spécialiser davantage. Cela les a conduit à faire appel à des sociétés extérieures pour remplir des tâches qu'elles assuraient auparavant avec des salariés à elles (externalisation des activités). Des agents d'entretien comptés dans le secteur secondaire ont ainsi été remplacés par des travailleurs du secteur tertiaire, car employés par des sociétés dont l'activité principale est une activité de service.

 

Concl. -  La tertiarisation a sans doute contribué au ralentissement de la croissance à partir des années 70, même si l’informatique a permis plus récemment des gains de productivité assez rapides dans le secteur des services. L’accroissement du poids du secteur tertiaire n’est cependant pas l’explication principale du freinage de la production, d’autant que celui-ci explique en sens inverse une partie du déversement des emplois vers les activités de services. On pourrait examiner le rôle d'autres phénomènes dans le ralentissement de la croissance depuis le milieu des années 70 : la fin du rattrapage technologique des pays européens par rapport aux Etats-Unis, l'instabilité des taux de change entre les monnaies depuis l'effondrement du système monétaire international issu des accords de Bretton-Woods...